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Succesrama | June 29, 2017

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9 Comments

François Michelin ou le P-DG conquérant

François Michelin

On prétend qu’à la base de toute grande réussite, il y a une idée.

Celle de Michelin, est d’avoir mis de l’air dans un caoutchouc afin d’obtenir un bandage pneumatique.

Le concept du pneu était né.

Alors, Michelin, réinventeur de la roue ?

On peut effectivement voir les choses sous cet angle. D’autant qu’il est aussi l’inventeur de la roue démontable.

Chez les Michelin, l’innovation technologique est d’ailleurs une tradition familiale.

Son grand-père et son oncle ont fortement contribué  à la conception de la 2 CV.

L’auto est attribuée à Citroën, mais en réalité, son succès provient de l’esprit inventif des Michelin.

Quant à François, né en 1926, il prendra la suite à partir de 1955 jusqu’à 1999, plus enclin à se balader dans les rues de son fief, Clermont-Ferrand que de fréquenter le haut gratin parisien.

Conquérant dans l’âme, il mènera son entreprise au sommet.

 

Un destin marqué par le drame

 

François est issu d’une famille bourgeoise et catholique qui baigne dans l’invention technologique.

Cette particularité posera les fondations de l’entreprise familiale.

Si son chemin semble tout tracé, le petit François verra son enfance bouleversée par le décès prématuré de ses parents.

Le jeune héritier se retrouve orphelin dès l’âge de dix ans.

Un demi-siècle plus tard, un nouveau coup du sort s’abat sur sa famille.

En 2006, il perd son fils unique qu’il avait formé pour le succéder en 1999.

Entre-temps, cet homme aux goûts simples et à l’attitude provinciale fera de son entreprise une référence mondiale.

Après une licence en mathématiques, obtenue à la faculté des sciences de Paris, François Michelin débute anonymement en tant qu’ouvrier spécialisé.

En commençant son apprentissage sur le tas, il passera par tous les postes possibles afin de maîtriser les divers rouages de l’entreprise familiale.

A 29 ans, il devient le grand patron de Michelin qui contrôla déjà Citroën, suite aux problèmes financiers de ce dernier.

Il lance la célèbre DS qui pour l’époque était révolutionnaire grâce à sa suspension  hydropneumatique, freins à disques et sa boite de vitesse à commande hydraulique.

Mais l’innovation technique qui fait vraiment décoller sa compagnie dans le haut de gamme, c’est le fameux pneu X, plus solide, plus adhérent.

Innovation qui arrive au bon moment puisque les automobiles de plus en plus performante en vitesse ont besoin d’une nouvelle gamme de pneus beaucoup plus résistante.

C’est notamment le cas en 1968, de la Ferrari 365 GTB/4 « Daytona » que son V12 propulse à 280 km/h.

Michelin répondra à ces exigences et perfectionniste dans l’âme, construira même un circuit d’essai à Ladoux en 1965 pour tester avec une approche scientifique les produits qu’il conçoit.

 

Michelin Air X, le premier pneu radial qui révolutionnera le monde du pneumatique

 

Peu doué en communication

 

Toutefois, si François est un féru de technologie qui désire accélérer le progrès sans pour autant rejeter la tradition, il s’avère être un piètre communiquant.

Contrairement à son homologue André Citroën, qui est l’inventeur de la publicité évènementielle, le nouveau P-DG est plutôt timide et solitaire.

Ce qui renforce son air sérieux et austère.

Et François Michelin n’aime pas vraiment se mettre en avant. Il cultive d’ailleurs un goût pour le secret qui confine ses usines dans une confidentialité absolue.

Mais heureusement, la parade à cette image un peu terne de l’entreprise va reprendre une allure plus conviviale à travers le fameux personnage du Bibendum.

Créé en 1898, il s’adapte aux codes les plus modernes de la publicité.

Michelin en fait le représentant visuel de la marque et accroît ainsi sa notoriété à l’international.

Son autre atout en communication est la compétition. Il y consacre un gros budget.

Et sa stratégie est payante.

Michelin gagne dans toutes les disciplines, allant jusqu’à remporter 14 grands prix de F1 sur les 16 courus en 1984.

 

La mascotte de Michelin : le célèbre et sympathique Bibendum

 

François le conquérant

 

Michelin désire surtout élargir ses perspectives.

Et il voit grand.

Il veut reconquérir l’Amérique.

Il en fait une idée fixe puisque la firme y a déjà jouée un rôle prépondérant au début du vingtième siècle.

Il commence à tisser sa toile en ouvrant un site de production au Canada en 1970.

Ensuite, il inaugure trois usines aux États-Unis dont Greenville, en Caroline du Sud qui produit six millions de pneus radiaux par an.

Mais son sésame provient du lancement du Michelin Air X, premier pneu radial pour avion.

Cette nouvelle innovation  ouvre à la marque le gigantesque marché de l’industrie aéronautique.

Elle équipe ainsi les F-15 américains, les Mirages, fournit Airbus et Boeing sans oublier la NASA et sa navette spatiale.

Fort de ces opportunités, Michelin rachète ses principaux concurrents comme Kléber.

En 1989, il absorbe également Uniroyal-Goodrich dont un certain Carlos Ghosn encadrera la fusion.

Enfin, il s’implante en Asie où dans les années 1990, l’invention du pneu anti-crevaison lui ouvre le marché asiatique.

Ainsi et grâce aux exigences de son P-DG, la firme auvergnate conquiert le leadership mondial du pneu.

Bien que Bridgestone, reste encore son dernier grand rival.

Pour François Michelin, l’innovation consiste également à faire évoluer les traditions au sein de son entreprise.

En nuançant le paternalisme légendaire de la firme, il cède à l’état les crèches, écoles et autres institutions qui maintenaient la ville de Clermont-Ferrand sous sa houlette.

Et malgré son internationalisation, il continue à cultiver fièrement ses origines provinciales et sa réputation d’économe.

Patron exigeant et autoritaire, il n’en reste pas moins un personnage humain. Il sera profondément affecté par la série de licenciements suite au second choc pétrolier.

Pour lui, un P-DG est responsable du sort de ses salariés.

A 83 ans passés,  François Michelin comptabilise une réussite exceptionnelle. Il a prouvé qu’il était un formidable innovateur en transformant définitivement le monde du pneumatique.

 

Les leçons de son succès :

  • Un P-DG doit passer par tous les postes, y compris celui d’ouvrier
  • Une excellente innovation doit servir à élargir son marché
  • Un grand patron peut être discret, modeste et détester les mondanités

« Si j’utilise des mots simples quand je parle, c’est simplement pour être sûr de comprendre ce que je dis » (François Michelin)

 

Et selon vous, l’humilité est-elle une qualité nécessaire pour réussir ?


Commentaires

  1. Passionnant comme article! C’est fou de voir que quelqu’un qui n’a pas des grandes qualités de communicants peut rèussir d’une façon aussi exemplaire!
    Merci à toi.

    • Jean-Charles Dimier

      Il avait d’autres points forts, heureusement :)

  2. Julie

    Est-ce qu’il est en vie toujours?

    • Bonhommion

      Oui, et il vit toujours discrètement à Clermont-Ferrand.

      • Jean-Charles Dimier

        Oui exact, merci pour cette réponse Bonhommion :)

  3. J ai été en classe avec Clarisse Michelin, j avais 15 ans et j ai eu la chance de rencontrer François Michelin et sa femme à une fête d école, c est vraiment une famille comme tout le monde sans prétention et tellement modeste, suite à tout le parcours formidable de François michelin, j en garde toujours un souvenir formidable et cela depuis 30ans!!.. J ai été très touche par la disparition d Édouard, je l avais aperçu avec son frère Robert en amenant Clarisse à l écolep

    • Jean-Charles Dimier

      Merci pour ce témoignage, Nathalie.

  4. une belle histoire. on n’en fait plus des PDG comme ça de nos jours. merci de l’avoir partagé avec nous :)

  5. Sauvadet paulette

    Petit rectificatif à la réponse de Nathalie
    François Michelin a eu 6 enfants
    Edouard n’a pas de frère se prénommant Robert
    Les siens se nomment Damien Etienne et Benoit
    Ses soeurs Clarisse et Myriam

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