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Succesrama | September 20, 2017

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10 Comments

François Pinault ou une success-story à la française (2 eme partie)

François Pinault ou une success-story à la française (2 eme partie)
Jean-Charles

 

Dans l’épisode précédent, François Pinault passe son enfance à Trévérien.
Il rentre en pension à l’âge de 11 ans dont il gardera un très mauvais souvenir.

Ayant échoué au BEPC, il quitte l’école à 16 ans pour travailler dans l’affaire de bois familial.
En désaccord constant avec son père, il décide sur un coup de tête, de devancer l’appel et s’engage pour la campagne d’Algérie.

Démobilisé fin 1958, il rentre au pays.
Son père décède dix mois plus tard…

 

Seconde et dernière Partie : les secrets d’une extraordinaire ascension

 

Après le décès de son père, François quitte définitivement Trévérien pour Rennes et devient chef d’exploitation à mille francs par mois chez Gautier frères qu’il connait bien.

Leurs pères respectifs se croisaient aux réunions des exploitants forestiers.

Il remplace l’un des frères Gautier, qui vient de mourir.

 

Des talents de négociateur

 

François Pinault débutera dans les affaires grâce à un sens de la concertation très aiguisée.

Il négocia pour la famille de son employeur la vente d’un terrain trois fois son prix initial au grand désarroi de l’acheteur qui prospectait pour Les Mutuelles du Mans, une compagnie d’assurance.

Estomaqués par l’aplomb et le culot du jeune homme de seulement 23 ans, les patrons du Mans acceptèrent le prix de vente, rapportant ainsi aux Gautier un pactole de 15 millions de francs lourds, soit l’équivalent aujourd’hui de 2 286 735 euros.

Une somme énorme qui en plus permis de régler un souci de droits de succession, réclamé par la veuve du frère décédé.

Ceci marqua la fin d’une aventure familiale, mais elle annonçait le début d’une autre, celle de François Pinault.

Définitivement adopté par les parents Gautier, François épousa leur fille adoptive Louisette, avec qui il aura trois enfants.

Le jeune homme, jouissant d’un certain confort aurait pu continuer en tant que salarié dans la négoce du bois, mais il décide de créer sa propre structure.

Pour cela, il persuade la chambre du commerce d’acheter un terrain à crédit pour construire ses entrepôts et bureaux.

Il a besoin de 600 000 francs, ce qui représentait déjà à l’époque beaucoup d’argent.

Il emprunte auprès de sa belle famille et un oncle, en plus de la banque.
Il les remboursera tous dans le délai imparti.

Ainsi en juin 1962, les établissements François Pinault étaient né.

Seulement le monde des affaires est une jungle où les dangers sont multiples, mais François relèvera le défi avec une devise bien à lui :

 

« Croire, oser, agir ! »

 

François Pinault s’intéresse à l'art moderne à la fin des années 1980, sans aucune formation ou connaissance sur le sujet.


 

La guerre du bois

 

Son business passe par la négoce du bois, du contreplaqué aux panneaux d’aggloméré, des portes isolantes aux pins des Landes.

Son indépendance, son sens de l’innovation et son anticonformisme dans le marché vont lui attirer très tôt les foudres de ses pairs, qui devront dorénavant tenir compte de ses ambitions.

Le marché de l’importation du bois est dominé par la Fédération des syndicats des importateurs – « la Fédé » pour les initiés – implantée tout au long des côtes, allant de la mer du Nord à la Méditerranée.

Il faut bien comprendre que la « Fédé » négociait ses achats avec la Fédération des exportateurs, essentiellement constituée de pays Nordiques comme la Suède ou encore la Finlande.

Or, aucune chance pour les marchands de bois extérieurs, exclus du système de pouvoir s’approvisionner ailleurs.

Ayant le monopole, la « Fédé » impose sa tarification.

François refuse ce système arbitraire et n’adhérera jamais à la Fédé qui en retour le snobera et lui mettra des bâtons dans les roues.

François Pinault, de plus en plus agacé par ce géant qui inflige un monopole injustifié et condescendant, prendra des mesures radicales tel un David contre Goliath.

Il ira directement négocier le prix du bois avec les fournisseurs des pays Nordiques malgré qu’il ne parle pas un mot de leur langue.

Mais peu importe, il s’entoure d’une équipe avec qui il organise son propre réseau.

Il passe ainsi au-dessus de la « Fédé » qui avait commis l’erreur jusqu’à maintenant de le sous-estimer.
Et pour cause, à ce moment-là, Pinault était le moins riche et le plus endetté de la profession.

Tous les coups étaient permis : grèves des Dockers, intimidations, prix cassés …

Gamin, il a survécu à la pension, adulte à la guerre d’Algérie.

Il compte bien imposer ses règles et écraser ses concurrents tel un Rockefeller, au début du XX ème siècle.

Négocier, acheter, vendre, saupoudré d’une obstination sans faille fera de lui un redoutable entrepreneur.

Il enfonce le clou en fusionnant avec France-Bois qui deviendra ensuite Pinault-France.

La « fédé » le taxe de mégalomane prétentieux et attend une seule chose, sa chute.

Or avec un chiffre d’affaires qui atteint 163 millions de francs en 1972, elle commence à rire jaune.

Le seul échec qu’il essuie à cette époque est son mariage avec Louisette Gautier.

 

En 2005, il achète le Palazzo Grassi, situé à Venise pour ouvrir au public, sa première exposition d'art contemporain.


 

L’aventure du sucre

 

François Pinault commence à se constituer un carnet d’adresse assez prestigieux, au début grâce à sa nouvelle compagne Maryvonne Campbell, issu de la petite bourgeoisie Rennaise.

Orpheline, ses parents sont décédés dans un accident de voiture, elle introduira François dans diverses hautes sphères sociales où le breton apprendra très vite à naviguer.

C’est une nouvelle étape de franchie pour le « petit cul-terreux » de Trévérien.

Bien qu’il se méfie de la classe politique, François agit selon son instinct et saisit les opportunités du moment.

Ce fut le cas pour l’épisode du sucre. Où il va bénéficier d’un extraordinaire concours de circonstances et d’une baraka du tonnerre.

Cela-dit, pour bien comprendre cet épisode, focalisons-nous sur l’année 1973.

Les Anglais rachètent sa société. Après de laborieuses négociations, Pinault tente un nouveau coup de poker comme pour les Mutuelles du Mans et empoche à 37 ans la bagatelle de 25 millions de francs.

A la tête de ce nouveau pactole, le breton garde la tête froide, surtout que le premier choc pétrolier survient en 1974, avec pour conséquence une période d’inflation majeure.

Il investit plus de 70 % de ses 25 millions de francs dans la bourse de commerce, aiguillé par une de ses connaissances et ami parisien Roland Gadala (alors administrateur de Peugeot et de St Gobain).

Pinault ne connait absolument rien au monde de la spéculation.

Pourtant, il va bénéficier d’une aubaine extraordinaire, malgré tout de même quelques sueurs froides.

Son investissement dans l’achat de sucre à un prix extrêmement faible, conseillé par un commissaire de la bourse de commerce Maurice Nataf, toujours issu d’une relation de Roland Gadala, va se transformer en or lorsque le cours de celui-ci va remonter de manière spectaculaire.

A tel point que François pressent un retour de flamme et revend tout immédiatement, contrairement à son conseillé qui trop gourmand fera faillite ensuite.

Il réalise alors une culbute de plus de 100 millions de francs.

Une chance insolente avec un dénouement digne d’un récit romanesque à la Paul Loup  Sulitzer.

L’affaire du sucre éclatera au grand jour, juste avant que François se soit retiré.

Ce scandale financier fera d’ailleurs l’objet d’un film intitulé « Le Sucre » avec G.Depardieu, M.Piccoli et Jean Carmet, adaptaté d’un best-seller du même titre, sorti en 1977.

Discrètement, mais surement c’est ainsi que notre breton bascula du côté des grosses fortunes françaises et il n’allait certainement pas s’arrêter en si bon chemin…

 

Depuis 2001, il transmet progressivement les rênes de son empire à son fils François-Henri Pinault


 

La création d’Artémis

 

Nanti de son assise financière, il deviendra peu à peu un véritable homme d’affaires en rachetant surtout des entreprises, proches du dépôt de bilan.

En procédant ainsi, il peut surtout bénéficier d’une loi avantageuse qui lui permet de dégager rapidement des plus values.

C’est ainsi qu’il redevient numéro « 1 du bois » en rachetant aux anglais, Pinault SA pour 10 millions de francs alors que l’on se souvient que deux ans plus tôt, il l’avait vendu à 25 millions…

Il croise également un autre grand financier Bernard Arnault et lui rachète Conforama.

On retrouvera les deux hommes à couteaux tirés lorsque Pinault pour contrer son concurrent se lancera dans le luxe et lui soufflera l’acquisition de la prestigieuse maison italienne Gucci en 1999.

Ces opérations boursières continuerons avec l’achat des grands magasins du Printemps en 1991, la Redoute en 1992.
En 1994, il devient propriétaire de la Fnac et en 1997 du magazine Le Point.

Il fusionne la Redoute avec Pinault-Printemps, créant par la même occasion le groupe RPP, administré par la fondation d’un holding patrimonial nommé Artémis, spécialement conçu pour gérer ses diverses participations, estimées par les spécialistes entre cinq et six milliards d’euros.

Cependant, de nombreuses polémiques enflent du côté fiscal, prétendant que Pinault aurait utilisé des sociétés écrans dans les paradis fiscaux pour cacher une partie de sa fortune durant plus de vingt ans.

Et d’échapper de ce fait, à payer l’impôt sur le revenu qui lui correspondrait…

 

Quoi qu’il en soit, quel chemin parcourut depuis la Bretagne profonde !

Issu du monde rural, véritable self-made-man, François Pinault est parvenu à caracoler dans les cent plus grosses fortunes du monde.

Depuis le début des années 2000, il transmet progressivement les rênes à son fils François-Henri -Pinault, diplômé de HEC, pour se consacrer à sa grande passion, l’Art contemporain dont il détient aujourd’hui une des plus prestigieuses collections.

 

Croire – oser – agir, serait-ce sa formule magique ?

 

Les leçons de son succès :

 

* Exigez des collaborateurs irréprochables et soyez un bon administrateur
* Ayez de l’ambition et osez
* Ne jamais jeter l’éponge

 

Commentaires

  1. Quel parcours !! Cela donne envie de se bouger car même s’il a eu de la chance (pour le sucre) il est passé à l’action il a osé !
    Merci de nous avoir fait découvrir cet homme.

    • Jean-Charles Dimier

      Bonjour Arnaud,

      Oui, son parcours est assez stupéfiant.
      Cela pourrait même faire l’objet d’un bon film …

  2. Jean-Charles,

    Oui bien sûr croire, osé et agir est important. C’est ce que j’ai fait toute ma vie, même encore avec le blog http://www.formationquantique.com.

    Néanmoins, ce que je trouve dommage dans sa réussite, c’est la non-réussite de son marriage. Pour moi, là est la faille dans son parcours, et elle est de taille.

    Je ne sais pas si aujourd’hui celles et ceux qui ont envie de réussir peuvent le faire comme Monsieur Pinault. Aux uns et aux autres d’écrire leurs histoires….

    Bien à toi

    Emmanuelle
    Emmanuelle Articles récents..Les termes du coeur : crise nerveuse ou bien percée nerveuse?My Profile

    • Jean-Charles Dimier

      Hello Emmanuelle,

      Ah, fallait bien qu’il foire au moins quelque chose ;)

      Bon, plus sérieusement, on ne connait pas l’intimité des gens. Il y a tellement de paramètres qui rentrent en ligne de compte dans l’échec ou la réussite d’un mariage. C’est aussi en quelque sorte une sacré entreprise à gérer …

  3. Bonjour Jean-Charles,

    Encore une bonne histoire et j’ai été frappée par cette phrase Gamin, « il a survécu à la pension, adulte à la guerre d’Algérie ».

    Ce qui donne vraiment à réfléchir car tous les « saules pleureurs » (je sais que tu aimes l’expression) qui se plaignent d’une enfance malheureuse, de ne pas avoir de chance, de ne pas réussir parce qu’ils ne sont pas nés avec une cuillère d’argent dans la bouche pourraient prendre de la graine de cette saga à la française.

    Il a certainement eu de la chance (mais aide-toi le ciel t’aidera dit-on) mais il a su la saisir et sans diplôme ce cul-terreux est devenu un as de la finance et de l’art moderne.

    Donc, cette histoire est à raconter à tous ceux qui doutent. A toutes les époques il y a eu des gens qui eu des opportunités et ne les voient pas et d’autres si.

    Belle histoire comme d’habitude
    Sylviane Articles récents..Stress et sport-le golfMy Profile

    • Jean-Charles Dimier

      Bonjour Sylviane,

      Tu as complètement raison lorsque tu affirmes que certaines personnes voient des opportunités là où d’autres n’en voient pas.

      Un test avait été fait avec des personnes se disant positives et d’autres négatives.
      Sur un parcours bien défini, un billet de banque était laissé par terre.
      Or la plupart des « positifs » trouvaient le billet alors qu’aucun des « négatifs » ne l’aperçut.
      Alors, je ne me souviens plus dans quel contexte, j’avais lu cette anecdote.
      Mais finalement, cela ne m’étonne guère.

      Merci encore pour ta fidélité :)

  4. Cédric

    Bonjour Jean-!charles,

    J’ai trouvé votre article très intéressant et fort d’enseignement.
    Vous êtes-vous inspiré d’ouvrages sur François Pinault ou d’autres sites sur le personnage?
    Je débute actuellement un travail sur F.Pinault, aussi je suis preneur de tout article ou documentaire dont vous auriez connaissance…

    Par ailleurs, quelqu’un connaîtrait-il un moyen de visionner le film « François Pinault n’a pas le temps », diffusé par Arte en 2009?

    Merci d’avance pour vos aides précieuses.

    • Jean-Charles Dimier

      Bonjour Cédric,

      Je suis ravi que l’histoire de François Pinault vous ai plus.

      Alors, effectivement, mes sources proviennent entre autres de deux livres :

      le premier : – François Pinault , Une enfance Bretonne – de Jean Bothorel que j’ai particulièrement trouvé très instructif.
      le second : – F.Pinault Milliardaire, les secrets d’une incroyable fortune – écrit par deux auteurs, Pierre-Angel Gay et Caroline Monnot.

      J’ai un peu moins apprécié cet ouvrage qui est selon moi assez fastidieux à lire si l’on ne connait pas déjà l’univers du personnage.

      C’est la raison pour laquelle je vous recommanderai de commencer par « Une enfance bretonne ».
      Quant à son actualité, vous pouvez trouver toutes sortes d’informations sur la toile.

      Par contre, je n’étais pas au courant d’un documentaire sur lui, diffusé par Arte en 2009.
      Quoi qu’il en soit, tenez-moi au courant, si vous le voulez bien de votre travail sur F.Pinault.

      Je suis curieux :)

  5. BONVIN Francois

    Votre article sur Francois PINAULT est incomplet et la partie la plus intéressante manque. En Bretagne tout le monde sait que F Pinault a bénéficie de l’aide d’un ex president de la République francaise pour avoir du bois gratuit (ou presque) en Afrique, et que cela a été le début de sa fortune.

    • Jean-Charles

      Bonjour François,

      Je suis au courant et peut-être qui si vous êtes résident en Bretagne, vous avez certainement plus d’informations sur la question.

      Pour ma part, lors de mes lectures sur F.Pinault, je confirme que le sujet est évoqué, mais pas prouvé.
      De même que notre homme ne s’est jamais laissé manipuler ni compromettre par les « politicards » dont il se méfiait.
      Par contre, il était conscient que pour s’élever socialement parlant, il devait composer avec l’influence de leurs fonctions.

      En tous les cas, si vous avez un complément d’information à ce sujet, vos remarques sont les bienvenues.

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