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Succesrama | December 18, 2017

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George Lucas, l’homme derrière Star Wars (2eme partie)

George Lucas, l’homme derrière Star Wars (2eme partie)
Jean-Charles

Dans l’épisode précédent, George Lucas grandit à Modesto, une petite ville perdue en Californie.

Cancre et rebelle, il cumule les infractions pour excès de vitesse alors qu’il caresse le rêve de devenir un grand champion de course automobile.

Lucas frôle la mort lors d’un terrible accident de voiture.

Persuadé que la providence lui accorde une seconde chance, il se remet sérieusement à ses études pour finalement étudier le cinéma.

Durant son cursus universitaire, il rencontre de nombreux futurs grands noms du cinéma contemporain dont Francis Ford Coppola.

Ensembles, ils feront leurs premières armes à Hollywood.

Jusqu’à ce que Lucas, à l’issue de laborieuses démarches avec Universal, puisse enfin sortir son premier grand succès, American Graffiti

 

 

2- L’épreuve du conquérant

Fort du triomphe de son deuxième long-métrage, un Lucas généreux décida de récompenser toute son équipe par des bonus qui allaient au-delà de leur salaire.

Il distribua aussi des parts conséquentes sur les bénéfices à venir pour ceux qu’il estimait les plus méritants sur la concrétisation du film, Gary Kurtz en tête.

Pourcentages qui les rendaient à leur tour millionnaire !

 

Le projet Star Wars

 

George Lucas et Gary Kurtz partageaient la mêmes visons des choses.

Ils avaient le même tempérament calme, voir sans doute un peu trop effacé, dans un milieu où régnaient les égos surdimensionnés.

George lui confia son désir de réaliser un film dans la lignée de Flash Gordon.

Sachant pourtant que faire de la science fiction en 70, revenait à vouloir faire un film porno dans le Hollywood des années 40.

Avec le risque d’être définitivement catalogué comme marginal, car ce genre de délire était jugé comme de la sous-culture, qui plus est, pour un public microscopique !

À moins de s’appeler Stanley Kubrick et de sortir une œuvre métaphysique, avec une haute exigence intellectuelle.

Or, George ne voulait pas d’un concept hermétique comme 2001, mais une histoire de « space fantasy » à la fois naïve et entraînante.

Ils se mirent en tête d’acquérir les droits d’adaptation de la célèbre bandes dessinées, mais un certain Federico Fellini les avait devancé.

Finalement, Lucas décida de créer ses propres personnages.

Car après tout, il se dit qu’il pourrait faire aussi bien que l’œuvre d’Alex Raymond.

Dans l’immédiat, George devenu un réalisateur « bancable » négocia un nouveau contrat avec la Fox pour son futur projet.

À la grande stupéfaction du studio, il désirait conserver son salaire basique de réalisateur et scénariste d’avant son succès.

Mais en contre-partie, il exigea un contrôle créatif absolu.

Il voulait aussi que sa société, Lucasfilm Ltd, élaborée durant le tournage d’American Graffiti, produise le film, afin de gérer les coûts lui-même, mais surtout, bénéficier du très rare « final cut » (droit de montage final).

Enfin, le plus important, il conservait également tous les droits sur des suites éventuelles et les droits concernant les personnages et l’univers du film.

The Star Wars Corporation gérerait le merchandising, les produits dérivés, les droits de publication et les droits musicaux…

Cela n’avait évidemment aucun sens pour les cols blancs de la compagnie, dans la mesure où si suite il y avait, de manière générale, elle rapportait bien moins que le premier film.

Quant à une bande son originale et autres publications inspirées d’un long-métrage, si toutefois elles étaient éditées, cibleraient uniquement un public restreint.

Visionnaire ou profane ?

La Fox se frottait surtout les mains en pensant aux économies ainsi faites sur le dos du jeune et naïf réalisateur de 28 ans.

Sans se douter une seule seconde des colossales fortunes qu’elle venait de perdre au terme d’un tel contrat.

Car Lucas avait un plan.

Et ce plan passait d’abord par le contrôle absolu de son travail.

Contrôle qu’il s’était juré d’obtenir depuis ses déboires avec Universal sur American Graffiti.

Mais avant de récolter le succès que l’on connait, il ne s’attendait certainement pas à la difficulté des nombreux défis qu’il devrait pour cela affronter…

 

Gary Kurtz fut un atout considérable dans la réussite de Star Wars.

 

Une écriture difficile et laborieuse

 

Dans l’immédiat, George se retrouva seul, face à sa bête noire : l’écriture.

Il rentra dans une phase rude et laborieuse.

Et impossible pour lui de déléguer quoi que ce soit dans la mesure où il serait encore plus difficile d’expliquer ce qu’il avait en tête.

Mais George tâcha de s’y mettre avec courage et assiduité.

À raison de huit heures par jour et de cinq jours par semaine, il parvint à boucler un premier script de 96 pages en mai 1974.

Sauf que le premier jet fut catastrophique et ressemblait à une sorte d’ersatz de Flash Gordon.

Un mélange également des films de Kuroswa, tout particulièrement La forteresse cachée qui interpella Lucas par sa structure narrative simple où la trame principale raconte l’histoire d’un général qui escorte une princesse en territoire ennemi.

Son récit manquait véritablement d’enjeu dramatique qui fasse que le spectateur s’attache aux personnages.

Certaines scènes importantes frisaient parfois même le ridicule.

Quant aux évocations mystiques de la Force, le concept n’étant pas vraiment développé, on se demandait à quoi cela faisait d’ailleurs allusion.

Lucas avait puisé cette idée dans ses diverses lectures anthropologiques, contes et autres mythes, évoquant « la force de vie », notamment chez l’écrivain Carlos Castaneda.

George se retrouva très vite dans une impasse, persuadé pourtant que son Star Wars devait davantage tenir du Mythe, au sens le plus universel du terme.

C’est alors que la providence lui fit découvrir les travaux de Joseph Campbell et son ouvrage Le héros aux mille visages.

 

Ce livre expliquait tous les archétypes, tous les rouages qui structurent une bonne histoire à travers toutes les différentes mythologies, les civilisations et religions confondues.

Ce fut pour l’apprenti scénariste une véritable révélation.

Un formidable mode d’emploi inespéré autour duquel, il pouvait articuler dorénavant son récit avec cohésion.

Le problème est que dans l’entourage proche du réalisateur, personne ne prenait au séreux son projet, jugé puéril.

La pression était telle que même sa femme Marcia commençait à douter de ces talents de cinéaste, en le voyant obsédé par son « Space Fantasy » de la sorte.

Et Coppola ainsi que John Milius étaient déçus de le voir s’acharner sur ce projet « idiot » alors qu’ils lui proposaient de réaliser Apocalypse Now, toujours en stand-by.

 

Les illustrations de McQuarrie vendirent le film à la Fox.

 

L’extraordinaire travail de Ralph McQuarrie

 

Fin 1974 et début 1975, le script de Star Wars connut des modifications gigantesques, alimentées par l’imagination débordante de Lucas.

Encouragé par Gary Kurtz qui l’obligeait à se concentrer sur l’essentiel et les remarques pertinentes de Marcia lors de ses diverses relectures, l’histoire commençait à prendre forme.

Le studio proposa dès lors un budget à 3,5 millions de dollars.

Selon Gary, devenu pour l’occasion producteur attitré, au vu de la dernière version du scénario, il était impossible de réaliser la moitié des scènes tant que cela couterait une fortune au niveau des effets spéciaux.

Pour palier à ce problème financier, Gary obligea à Lucas de suggérer plutôt que de montrer.

Mais malgré une réécriture de l’histoire, Lucas et Kurtz savaient qu’il leur fallait plus du double des 3,5 millions de dollars envisagés, au départ par la Fox.

Sachant que la nouvelle version du script ne suffirait pas à convaincre le studio pour une réévaluation du financement, ils firent appel aux services d’un talentueux illustrateur Ralph McQuarrie.

Ralph était un ancien ingénieur de chez Boeing, reconvertit dans l’illustration.

Il fut aussitôt engagé et commença à travailler sur l’aspect visuel du film.

Les dessins de McQuarrie donnèrent une autre dimension à l’univers du réalisateur et dépassa même les attentes de Lucas alors qu’il concevait et matérialisait des concepts que George n’avait pas encore fini d’assimiler.

Et tous les deux tombèrent d’accord sur l’idée de rejeter le côté clinquant qui caractérisait l’univers de Flash Gordon.

Bien au contraire, ils parlaient de « used space », c’est-à-dire que les vaisseaux, les combinaisons et autres caractéristiques matérielles se devaient d’être usées, accusant déjà un certain vécu.

En tout cas, l’embauche de l’illustrateur fut un des meilleurs investissements effectué par Star Wars Corporation, car son travail fit grande impression.

En définitif, ce fut les illustrations de McQuarrie qui vendirent le film à la Fox.

Et c’était une grande première à Hollywood !

Convaincre le financement d’un projet avec un visuel constitué de dessins et de peintures autrement que par un simple script, ne s’était jamais vu.

Toutefois, toujours selon les pronostiques de Gary Kurtz, le budget idéal s’élevait à 13 millions de dollars.

Or la Fox venait déjà de lâcher plus de huit millions…

Le producteur pragmatique et dévoué trouvera des trésors d’habiletés pour que Lucas puisse effectivement tourner ce qu’il envisageait.

 

Les fantastiques peintures de McQuarrie concrétisèrent l’aspect visuel de la saga.

 

Des choix stratégiques

 

L’autre grand souci de Gary concernait les effets spéciaux.

Face aux grimaces des vétérans des trucages qui lui proposaient des solutions chères et obsolètes, Kurtz par l’intermédiaire d’une ancienne connaissance rentra en contact avec John Dykstra, un jeune homme extrêmement talentueux aux idées novatrices.

Ils avaient l’habitude de travailler avec toute une équipe de jeunes trublions « à la cool attitude » mais d’une efficacité redoutable.

Ils allaient en fait, constituer le premier noyau dure de ILM (Industrial Light and Magic), une nouvelle annexe de LucasFilm, créée pour l’occasion en 1975 afin de concevoir tous les effets spéciaux de la saga.

Gary Kurtz acheta un hangar désaffecté dans la banlieue de Los Angeles pour accueillir la jeune et dynamique équipe.

Elle improvisa son nouveau lieu de travail avec planches et tréteaux, avant de construire tout le matériel nécessaire dont elle aurait besoin.

La Fox avait misé 2,5 millions de dollars dans ce nouveau département et attendait des résultats à la hauteur de leur investissement.

Il restait maintenant le problème des effets sonores.

Là encore, Gary trouva la perle rare en s’adressant à un de ses anciens professeurs de L’USC qui lui recommanda aussitôt Ben Burtt, un de ses étudiants les plus brillants.

Impressionné par le savoir faire de Ben, le producteur lui offrit un véritable écrin de luxe pour concrétiser ses expériences.

Tout était bon pour le jeune technicien :

Un larsen de micro et des câbles à hautes tensions pour retranscrire l’effet des sabres lasers.

Un cri de morse et un rugissement de lion pour le personnage de Chewbacca. Un mixe de sa propre voix accélérée, à l’envers, ralentie et couplée à un petit synthétiseur pour R2D2

L’ingéniosité déployée par Ben Burtt n’avait effectivement aucune limite.

L’autre trouvaille de Kurtz fut également la découverte à Londres, l’activité des techniciens du laboratoire Dolby.

Ils avaient inventé un procédé unique en matière de son qu’ils avaient baptisé Dolby Stéréo.

Ce système donnait une sonorité étonnamment claire, spatiale et détaillée, permettant même des effets arrières d’ambiance (surround).

Gary était un cas unique dans le milieu du cinéma de l’époque, car il était le seul à se préoccuper vraiment du son.

Et c’est certainement grâce à son intérêt précurseur que Lucas s’y intéressa à son tour en perfectionnant ce procédé avec le maintenant célèbre label THX.

Quant à la Fox, ils ne se rendaient même pas compte que cette invention, pour eux à peine futile, allait plus tard révolutionner les bandes sonores à venir de toute l’industrie du cinéma.

 

Un des célèbres X-wing fighter de la rébellion, pourchassé par un chasseur Tie de l’empire, toujours sous les pinceaux de McQuarrie.

 

Un casting composé d’inconnus

 

De son côté, Lucas était inquiet.

Il ne savait toujours pas si le film allait pouvoir se faire.

Étant donné les sommes déjà englouties, il commença à douter sérieusement sur ses capacités à mener à terme cette entreprise dont les aboutissants lui échappaient complètement.

Pire, dans son entourage, George se faisait rabrouer par ses amis au sujet de son « film de gamins ».

Alors que Marcia accepta de devenir la monteuse attitrée de Scorsese, dont son dernier film recevait trois nominations aux Oscars.

George n’était pas rassuré de la laisser partir toute seule dans cette équipe d’homme. Surtout que la réputation naissante de Cocaïnomane du futur réalisateur de Taxi Driver était devenue notoire.

Pour l’heure, afin de gagner du temps, de l’argent et de l’énergie, Lucas décida de coupler son casting avec celui du film d’horreur de Brain De Palma, Carrie.

C’était Brian qui se chargeait des entretiens, à tel point que certains candidats s’imaginaient que George n’était qu’un assistant !

Quoi qu’il en soit, Lucas comme De Palma, souhaitait de nouveaux visages pour assurer aux spectateurs une identification plus immédiate.

George espérait trouver la même magie que lors du casting d’American Graffiti.

Seul Harrison Ford était le rescapé de ce dernier.

Entre-temps, il était retourné à son premier métier, la menuiserie, sa carrière de comédien n’ayant jamais vraiment décollée.

Toujours est-il qu’il donna la réplique à divers postulants sans savoir si Lucas le garderait ou pas.

Finalement, ce fut l’alchimie qui se dégagea entre Harrison Ford dans le rôle de Han Solo, Mark Hamill (Luke) et Carrie Fisher (princesse Léia) durant les auditions, qui finit par convaincre Lucas d’avoir trouvé définitivement son trio d’acteurs principal.

Inutile de préciser que les cadres de la Fox aurait préféré au moins un nom connu pour lancer le film.

Ils étaient très loin d’imaginer de toute façon à quel point le futur tournage du premier Star Wars se révèlerait à ce point calamiteux, ni George Lucas d’ailleurs !

Le réalisateur atypique étant assaillit par le doute, avait l’impression de ne plus rien maitriser du tout.

Une impression qui se révéla à juste titre, dans la mesure où le pire restait encore à venir…

 

Suite et fin dans  Le Mythe Star Wars

 

Commentaires

  1. Bonjour Jean-Charles,

    Et bien passionant de voir comment tout ce projet a été monté. Ce que j’aime, c’est son pied de nez à la Fox et son envie de maîtriser son travail. L’article m’interpelle d’autant plus que je suis de près l’auteur Jeff Brown qui est sur un gros projet lui aussi. Il est important comme Lucas de suivre son plan, dans la tête, d’avoir les coudées franches par rapport aux Editeurs ou autre, et de faire confiance à l’inconnu ! (Nous devons aussi faire confiance au développement de nos blogs….. on ne connaît pas encore leur version finale).

    Rendez-vous pour la troisième partie.

    Emmanuelle

    • Jean-Charles Dimier

      Bonjour Emmanuelle,

      Tu l’as dit.

      La Fox étant trop occupée à faire des économies sur le dos du soit disant jeune et naïf Lucas de l’époque, elle n’a pas réfléchi une seule seconde à l’immense fortune qu’elle venait de perdre.

      « Nul n’est prophète en son pays » n’a jamais été aussi vrai dans ce cas de figure.

  2. Bonjour,
    Article très intéressant. Pas sûr qu’aujourd’hui les studios de cinéma financent ce genre de projet par peur de prendre des risques. En tout cas Georges Lucas a eu raison de garder sa ligne de conduite!

    • Jean-Charles Dimier

      Bien que, je suis sûr que même lui était loin de se douter d’un tel raz-de-marée.

  3. Bonjour Shéhérazade- Jean-Charles,

    Oui la FOX a dû l’avoir saumâtre mais bien fait pour eux car après les risques pris par nos lascars ils devaient se dire qu’en cas d’échec ils ne courraient aucun risque.

    J’admire Lucas car le stress devait être son compagnon de route tout au long du parcours effectivement ça ne devait pas toujours être facile à la maison mais le film était vraiment révolutionnaire (quant à moi)

    Comment continuer avec autant de risques à la clé ? Mazette quelle foi ils avaient en leur projet mais ils ont sûrement perdu le sommeil entre temps

    • Jean-Charles Dimier

      Bonjour Sylviane,

      Tu ne crois pas si bien dire.
      Ce fut loin d’être gagné.
      Le stress, le doute fut son lot quotidien jusqu’à la sortie du film.
      Je crois en effet qu’il fallait avoir une sacrée conviction pour aller jusqu’au bout.

      Lucas n’a pas volé son succès, surtout après les épreuves qu’il a dû traverser lors du tournage du premier Star Wars.

  4. Un article passionnant !

    Je ne connaissais pas la plupart de ces noms ou les avais oublié (je connais un autre Gary Kurtz, un homonyme, un très grand magicien) :) .

    a bientôt

    • Jean-Charles Dimier

      Oui, exact Rémi.

      Lors de mes recherches sur Gary, je suis tombé en premier sur le « magicien », qui semble plus d’actualité que le Gary Kurtz producteur.
      Justement, je me suis dit, bizarre, y’ a un truc qui ne colle pas :)

      • Ils n’ont pas tout à fait le même profil en effet.
        Mais ils font ou ont semble-t-il tout les deux une brillante carrière.
        :)
        C’est un beau point commun !