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Succesrama | December 18, 2017

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7 Comments

Henry Luce (1898-1967) ou le créateur de la presse magazine

Henry Luce (1898-1967) ou le créateur de la presse magazine
Jean-Charles

 

Lorsque vous lisez vos magazines préférés, Paris-Match, L’Express, Newsweek, Times Magazine, j’en passe et des meilleurs.

Il faut savoir qu’un homme est à l’origine d’un tel format.

Henri Luce est l’inventeur du « magasine » que nous connaissons tous et lisons encore aujourd’hui.

Avant lui, ce type de presse n’existait pas.

Une idée qui est née de la frustration suivante : ne pas être correctement informé ou plutôt aucune publication ne proposait un médias dans l’air du temps, adapté aux publics pour lire les nouvelles du monde, quel que soit le thème traité.

Une révolution qui va secouer le monde journalistique où la diffusion de l’information sera dorénavant traitée différemment.

 

 

C’est ainsi qu’une nouvelle ère commença, celle de la presse magazine !

 

La naissance de « Time »

 

Au début, deux journalistes en herbe de vingt-quatre ans Henri Luce et Brian Hadden se cantonnent à la feuille de chou estudiantine de Yale et décrochent quelques articles de temps à autre au « Baltimore News ».

Mais le système est conçu pour faire les yeux doux aux financiers afin de les appâter.

Or, les deux compères espèrent révolutionner le journalisme et changer la manière dont l’information pénètre l’esprit du lecteur.

En 1922, il lance « Time » qui traitera brièvement chaque semaine de l’information importante en toute objectivité sans aucun commentaire des évènements.

En huit mois, contre toute attente, ils récoltent 86 000 dollars.

Ils décident de louer de minuscules bureaux à Manhattan et engagent seize personnes pour constituer leur équipe éditoriale.

Luce occupe le poste de directeur et son acolyte Hadden celui de rédacteur en chef.

L’esprit de « Time » n’est pas de présenter de nouveaux reportages, mais de raccourcir et de rendre plus attrayante les nouvelles diffusées par le « New-York Times ».

Cela est rendu possible grâce à un arrêt de la Cour suprême qui stipule que toute information datant de plus de vingt-quatre heures appartient au domaine public.

Le succès est progressif.

Au début, le premier numéro est lu par 10 000 personnes, mais en trois ans le tirage atteint 110 000 exemplaires.

Son secret de fabrication ?

Un style concis, irrévérencieux est illustré de photos en situation et non posées comme auparavant.
Par exemple, un article sur l’insémination artificielle des bovins est ainsi titré : « Cocufié par une capsule ! ».

Bref, au bout de six ans d’existence, les deux amis bénéficiaires de ce nouveau format empochent leur premier million de dollars.

Mais Brian Hadden, célibataire, surdoué et épicurien dans l’âme meurt brusquement d’une infection à 31 ans.

Luce se retrouve seul à tout gérer…

 

« Ses ventes hebdomadaires atteindront jusqu'à 5 millions d'exemplaires dans les années1970. »


 

Une mission presque divine…

 

Malgré la perte de son ami et associé, Henry se donne à fond dans son activité avec un zèle démesuré.

Désormais millionnaire à trente ans à peine, son but ultime n’est pas de faire de l’argent, mais de diffuser à tout prix la connaissance.

Il se persuade que les États-Unis d’Amériques sont la nation du vingtième siècle, bénie par « Dieu » et que « Time » se doit d’être à la hauteur pour éduquer ses concitoyens en rendant accessibles les informations les plus complexes.

Un tantinet mégalomane Henry Luce ?

Possible, mais le succès est là.

Les ventes continuent de grimper sans cesse.

Ses ventes hebdomadaires atteignent presque 5 millions d’exemplaires dans les années 1970 contre 3,2 millions aujourd’hui.

Ensuite le patron du Time ne compte pas en rester là.

Il désire en effet diversifier son groupe dans l’édition, la radio et la télévision.

Il veut démocratiser l’information économique, jusqu’alors réservée à de rares initiés.

Il crée Fortune, un magazine bimensuel à quelques mois du crack boursier.

Il se distingue par son goût pour l’investigation et la qualité de ses photos.

Et ne craint pas de critiquer les agissements des grands groupes industriels tels que US Steel, United Fruit ou encore Allied Chemical…

Les P-DG n’apprécient pas vraiment la diatribe de certains articles, mais sa lecture s’impose malgré tout à Wall Street et dans les entreprises.

La publicité finit par affluer avec la popularité croissante des numéros.

En 2009, son tirage atteint 850 000 exemplaires.

Il diffuse à la même époque « The march of time » une série d’émissions de radio puis des films où divers sujets sérieux sont traités comme « Le travail des enfants », « La montée du nazisme » ou encore « Le FBI ».

Il faut savoir que Henry Luce considère l’actualité comme un vrai roman de la vie.

D’ailleurs certains de ses journalistes deviendront par la suite des écrivains célèbres.

 

« En 2009, son tirage a atteint 850 000 exemplaires. »


 

« Time Inc », un empire de presse influent

 

Sa renommée grandissante fait que Henry Luce côtoie les grands de ce monde et pousse les États-Unis à soutenir, à la veille de la seconde guerre mondiale, Winston Churchill.

Après la guerre, il apporte également son soutien au républicain Eisenhower pendant la campagne présidentielle.

Voyageant partout dans le monde, il dîne avec les plus grands dirigeants comme le général De Gaulle et rejoint l’armateur Niarchos sur son yacht…

Entretemps, il rencontre au début des années 30, une jeune journaliste dont il tombe fou amoureux et divorce pour l’épouser.

Claire Luce sera aussi correspondante de guerre en Europe.

Dynamique, elle se présente à la hauteur d’une personnalité aussi fonceuse que son époux.

Cette femme résolument moderne plonge, chasse, monte à cheval, peint, sculpte, lit Freud…

Bref, Henry Luce semble avoir trouvé son alter-égo au féminin.

Grâce à ses nombreuses relations, il lui permettra à deux reprises qu’elle soit nommée ambassadrice à Rome.

Inspiré par sa nouvelle muse, il lance en 1936  Life, un magasine reposant essentiellement sur les photos, au ton iconoclaste, mélangeant grands reportages et vie des « people » de l’époque, d’Errold Flynn au duc de Windsor.

En l’espace de trois ans, le tirage monte jusqu’à deux millions d’exemplaires.

Influent magnat de la presse, le directeur de Time atteint l’apogée de son pouvoir dans les années 50.

Après le lancement de  Sports Illustrated  en 1954, le tirage total de ses magazines dépasse 14 millions d’exemplaires.

Une armada de journalistes travaillent sans relâche jour et nuit pour boucler chaque numéro, avec si nécessaire envoyés spéciaux, télex, archives de presse et dépêches…

Les soirs de bouclage sont de véritables opérations « commando » qui durent bien souvent jusqu’à l’aube.

En haut de son 34 e étage du gratte-ciel Time Inc, Henry Luce contemple le chemin parcouru depuis les minuscules bureaux à ses débuts quand il lança « Time » avec feu son ami Brian Hadden.

Il meurt à 69 ans d’un malaise entre deux rendez-vous.

Durant son existence, il révolutionna le monde de la presse.

Et depuis, l’inventeur du « magasine » a fait de nombreux émules comme « Newsweek », « Sunday Times Magazine » ou encore en France « Paris-Match » , « L’Express », « VSD »…

 

Les leçons de son succès :

 

  • On peut résumer une information complexe en gardant l’essentiel.
  • Il faut parfois des années avant qu’un nouveau produit génère des profits.

 

Commentaires

  1. Chapeau bas Mr Henri Luce, mais toi Jean-Charles est-ce que tu es conscient de révolutionner le monde du blogging ? Et oui, rends toi compte que tu marche dans les pas de Henri, version web !

    A bientôt pour la confirmation par les preuves !

  2. Bonjour Jean-Charles -Shéhérazade

    Encore une belle histoire qui mériterait d’être ajoutées aux autres pour faire un e-book Non ?

    Ce que je trouve fascinant c’est que tu as vraiment « une plume » pour raconter toutes ces histoires et tu sais très bien tirer l’essentiel des bios afin qu’elles ne deviennent jamais ni trop longues ni fades.

    Encore une fois bravo de m’enchanter mais n’est-ce pas le rôle d’un grand conteur que celle d’enchanter

    • Jean-Charles Dimier

      @ Patricia et Sylviane

      Wouaa, merci à vous deux, ça c’est du compliment !

      Comment garder la tête froide avec de tels commentaires ?

      Bon, plus sérieusement, j’essaie de faire de mon mieux pour raconter ces tranches de vie. Cela me passionne vraiment et mine de rien, tous ces éminents personnages ont beaucoup à nous apprendre.

      De là à révolutionner le monde du blogging, j’ai peur que tu me prennes pour quelqu’un d’autre Patricia…
      J’apprécie toutefois le clin d’oeil ;)

      Sinon, vous avoir comme fidèles lectrices, rien que ça valait la peine de se lancer dans cette aventure :)

      Et vu que rien n’est jamais acquis, je vais tâcher de ne pas vous décevoir pour la suite…

      Merci mille fois encore pour votre sympathie :)

  3. Bonjour Jean-Charles,

    Merci pour cette histoire. Je ne la connaissais pas du tout.

    Une mission presque divine ……. pour quoi « presque » ?

    Continue sur ta voie

    Emmanuelle

    • Jean-Charles Dimier

      Bonjour Emmanuelle,

      On pourrait même faire une comparaison de sa vie avec le film d’Orson Welles : Citizen Kane, sans le côté dramatique, bien sûr.
      En tout cas, merci encore pour ton soutien.

  4. Je ne connaissais pas, merci pour cet article intéressant, je vais me coucher moins bête…tout de suite:-)

    • Jean-Charles Dimier

      Alors, fais de beaux rêves Fabrice ;)
      Merci de ta visite.

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