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Succesrama | May 1, 2017

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5 Comments

Le vieux joueur de banjo

Le vieux joueur de banjo
Jean-Charles

 

Armand sortit de prison à l’âge de 52 ans.

Condamné pour avoir participé à un braquage qui avait mal tourné, il était le chauffeur qui attendait ses complices.

Le quartier étant très vite cerné par les autorités, Armand avait été incarcéré puis condamné à 12 ans de détention.

Il venait d’avoir 31 ans.

Cinq ans plus tard, il aggrava son cas avec une tentative d’évasion qui échoua.

Sa demande de conditionnelle fut définitivement rejetée.

Tirant des leçons de ses erreurs passées, il prit conscience que son entourage jouait un rôle primordial dans le choix de ses décisions.

Il oublia vite ses mauvaises fréquentations au sein de l’univers carcéral et se lia d’amitié avec le gérant de la bibliothèque du pénitencier.

Norman était un passionné d’architecture.

Il lui transmit sa passion.

Les deux hommes pouvaient discuter pendant des heures sur la conception de différents édifices et les visions d’un Frank Lloyd Wright, d’un Mario Botta ou encore Le Corbusier…

Si Norman était fasciné par l’aspect visuel, Armand était plus sensible sur la sélection des matériaux rendant possible la construction de tel ou tel bâtiment.

La complicité des deux hommes allèrent jusqu’à s’imaginer une autre existence où ils se voyaient associés dans leur propre cabinet d’architecte.

Par pudeur, les deux amis ne parlèrent jamais de la cause de leur incarcération.

Au fond, cela n’avait aucune importance.

Armand ne sut jamais pour quelle raison, son mentor avait été condamné.

Même après son décès, il préféra se souvenir d’un ami qui lui avait permis de découvrir sa véritable vocation.

Un an après, jour pour jour, il fut libéré pour bonne conduite.

Alors que la lourde porte en métal se referma derrière lui, une drôle de sensation l’envahit.

Il resta un moment sur place, immobile, droit comme un « I », son sac pendant le long de sa jambe droite.

Personne n’était présent pour l’accueillir.

Il ne s’était jamais senti aussi seul.

Qu’allait-il devenir maintenant ?

 

Il se rendit à la station pour prendre l’autocar qui le conduirait au foyer de réinsertion dans une ville voisine, histoire de se réhabituer à la « vie civile ».

Mais il ne se faisait guère d’illusion.

Car tel un tatouage indélébile passé par le temps, il traînerait toujours son pedigree d’ancien taulard.

Il s’assit sur un banc et attendit le bus.

Il goûtait enfin à la liberté, mais à quel prix.

Payant très cher ses erreurs de jeunesse, il constata avec amertume que sa vie était maintenant derrière lui.

Armand fut sorti de sa torpeur par un vieillard aveugle qui commença à jouer du banjo.

Cette mélodie le réconforta et il s’approcha du vieux musicien pour lui donner une pièce.

- Ah merci monsieur, lui dit le vieux bonhomme, vous êtes un prince.

- Détrompez-vous, lui confia soudain Armand, surpris lui-même de se dévoiler ainsi à un inconnu.

J’ai passé la plus grande partie de ma vie en prison. J’ai découvert ma vocation sur le tard.
J’aurais tant aimé étudier l’architecture et ses nobles matériaux de construction.
Mais à 52 ans passés, n’est-ce pas trop tard pour commencer ?

- Quand il fait nuit, répondit le joueur de banjo, j’allume une bougie.

Armand fut étonné de sa réponse et lui rétorqua aussi sec, mais avec regret ensuite :

- Comment ça, je ne comprends pas, vous êtes aveugle, non ?

Impassible, le vieil homme passa quelques accords sur son instrument puis s’arrêta pour ajouter :

- Quand on peut étudier dans sa jeunesse, c’est le soleil de midi. À l’âge mûr, la lumière du crépuscule. Et dans la vieillesse, comme disent les anciens sages, mieux vaut allumer une bougie que maudire l’obscurité !

 

Des années plus tard, Armand réussit sa réinsertion.

Les choses n’avaient pas toujours été facile, mais sa persévérance vainquit les préjugés et diverses autres difficultés.

Il travaillait maintenant dans un cabinet d’architecte où il occupait un poste d’expert en matériaux.

 

Depuis, chaque année, à la date anniversaire de sa libération, il rentrait dans une église et alluma deux bougies, une pour son ancien compagnon carcéral et une autre pour le vieux joueur de banjo.

 

Commentaires

  1. Bonjour Jean-CHarles,

    Finalement c’est toujours la même chose ou nous continuons à nous enfoncer dans nos erreurs (qui restent des erreurs) ou nous en tirons la leçon et cela devient une formidable expérience de vie pour PROGRESSER et ne plus retomber dans l’ornière.

    C’est le sujet de mon prochain article « êtes-vous des saules pleureurs » sur mon blog stress

    Les grands esprits se rencontrent …

    • Jean-Charles Dimier

      Bonjour Sylviane,

      Pardonne moi de te répondre si tardivement, mais avec ce beau temps, mes connexions étaient plus rares.
      Je cours vite faire un tour sur ton blog ;)

  2. C’est touchant! oui certains font des bêtises et c’est après seulement après qu’ils se rendent compte qu’ils avaient fait le mauvais choix.. le temps lui, a un objectif très précis et o combien il le respecte c’est en effet de poursuivre son chemin s’en s’arrêter pour attendre qui que ce soit. Heureusement que Armand a su se ressaisir et c’est la ce qui m’a le plus marquer parce que des gens qui sont capable de dire non je ne vais pas me laisser faire il me reste encore un espoir je vais m’y accrocher et me battre; sa ne cours pas les rues. Je pense que c’est un exemple tant sur le fait de faire attention a ne pas s’embarquer dans un pétrin qui nous quittera chère; que dans le fait de ne pas baisser les bras car il y a déjà quelqu’une qui se chargera de nous les faire baisser tôt ou tard.. the dead!
    Bonne continuation
    Bernard@prison Articles récents..« Mur des cons » : l’AFP souligne l’indignation de l’Institut pour la JusticeMy Profile

    • Jean-Charles

      Bonjour Bernard,

      La réalité n’est pas forcément facile à vivre quand effectivement, on s’aperçoit des erreurs passées.
      Mais, il faut tout de même garder l’espoir parce qu’on a toujours une deuxième chance.

      À condition, de se l’accorder d’abord à soi-même.

      Merci pour ton passage.

  3. Il n’est pas facile de se sortir de son milieux. On parle souvent d’atavisme social. Ici on a une preuve que quand on le veut vraiment, on peut repartir de zéro. Bien sûr, le passé est toujours là, mais ce n’est plus lui qui décide.
    Philippe Articles récents..Parions Web est le site de paris sportifs de la FDJ.My Profile

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