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Succesrama | September 20, 2017

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16 Comments

Muhammad Yunus, banquier des pauvres et créateur du microcrédit

Muhammad Yunus, banquier des pauvres et créateur du microcrédit
Jean-Charles

 

Si je vous parle de banquiers, vous risqueriez de me regarder d’un air dubitatif, voir même avec un regard inquisiteur.

Il est vrai qu’après l’épisode des « subprimes » et autres malencontreuses dérives financières, on ne peut pas dire que leur cote de popularité soit très élevée.

Pourtant, il y en a un qui est considéré comme un dieux vivant dans son pays.

Il a même obtenu le Prix Nobel de la Paix en 2006.

Comment est-ce possible ? Un banquier qui plus est ?

C’est justement la fascinante histoire de Muhammad Yunus, le banquier des pauvres et créateur du Microcrédit.

 

 

Il soutient l’indépendance du Bangladesh

 

Yunus nait en 1940.
Troisième enfant d’une famille qui en comptera neuf, il grandit dans le Bengale Occidental.

Son père, bijoutier est un musulman pieux.
Mais ce sera surtout sa mère qui lui inculquera la générosité. Elle vient souvent en aide aux plus défavorisés.

À vingt ans Yunus est un brillant étudiant. Il passe son doctorat d’économie aux États-Unis.
Il deviendra professeur d’économie à la Middle Tennessee State University.

Entre-temps, en 1971 la guerre de libération du Bangladesh éclate.
Il décide de soutenir les indépendantistes.

Et lorsque l’indépendance du Bangladesh est proclamé, Yunus décide de rentrer pour aider les siens.

Il obtient un poste à l’Université de Chittagong, la deuxième ville du nouvel État indépendant.

Mais trois ans après son retour, une tragédie va définitivement bouleversée sa vie.

Une terrible famine s’abat sur le pays, tuant 1,5 millions de personnes.

Pour se rendre à son poste, Yunus croise tous les jours des gens qui mourraient de faim dans la rue.

« … Et moi je continuais à enseigner d’élégantes théories économiques sans aucune prise avec la réalité. »

Une véritable prise de conscience s’impose d’elle-même. Muhammad s’aperçoit qu’il est très arrogant de prétendre avoir des réponses en restant dans une salle de classe.

C’est pourquoi, il décide d’aller sur le terrain …

 

Dans son pays, au Bangladesh, sa popularité est immense.


 

Créateur du microcrédit

 

Il se rend ainsi dans le village de Jobra, proche de son Université.
Et le constat est affligeant.
Nous sommes loin de ce que les cours d’économie peuvent enseigner.

Une femme lui explique qu’elle survit en fabriquant des objets en bambou mais qu’elle est obligée d’emprunter auprès d’un usurier qui lui laisse une marge minuscule pour vivre.

Or pour acheter sa matière première, les banques traditionnelles refusent de l’aider décemment, la jugeant non solvable.

En d’autres termes, c’est le coût prohibitif du capital, si infime soit-il, qui empêche de nombreuses personnes à s’en sortir.
Yunus décide d’aider de sa poche, ces femmes qui veulent sortir de ce cercle vicieux et leur prête de quoi lancer leurs commerces.

L’expérience est un succès puisqu’en plus de récupérer son investissement, notre philanthrope crée un système cohérent qui fonctionne : le microcrédit.

Muhammad propose le concept aux banques locales : proposer des prêts de quelques dollars, permettant aux bénéficiaires de travailler à leur compte.

Mais devant la frilosité des établissements financiers, l’économiste décide d’instaurer lui-même son propre système : la Grameen Bank (traduisez par banque des villages)

Alors, en quoi consiste sa stratégie ?

Yunus trouve la solution dans le rôle imparti à l’économie des villages, dont les principaux acteurs sont les femmes.

Il leur accorde donc les fonds nécessaires pour créer leurs activités.
Ensuite, il les délivre solidairement à des groupes de cinq personnes, sans exiger ni gage, ni garantie.

Toutefois, la Grameen Bank ne fait pas la charité. Elle touche des intérêts, mais indexés sur l’inflation.

Et ça marche !

Les prêts sont remboursés dans 96.5 % des cas.
Bref, la Grameen Bank génère des profits, bien sûr, c’est un système bancaire.

Cela-dit, deux-tiers des emprunteurs passent enfin au-dessus du seuil de pauvreté.

Très vite le microcrédit fait des émules.
Il concerne huit millions de familles au Bangladesh et il est pratiqué dans 58 pays.

Pragmatique, humble et volontaire Muhammad Yunus fourmille d’idées avec de nombreux projets, comme le business social.

Il est convaincu que l’on peut résoudre un problème social sur le long terme sans pour autant sacrifier la viabilité économique.

Il développe diverses activités dans les panneaux solaires, la téléphonie mobile et d’autres biens de consommations.

Son action trouve un écho auprès de grands groupes multinationaux.

Par exemple, Danone a ainsi créé une usine de yaourts au Bangladesh pour lutter contre la malnutrition.

Signalons toutefois au passage, que la célèbre marque sous ses aspects philanthropiques, bénéficie d’une main d’oeuvre beaucoup moins chers qu’ailleurs…

Il préconise aussi aux nouvelles générations de créer leurs activités plutôt que de chercher du travail. Selon lui, les entreprises à but social sont le meilleur antidote contre la pauvreté.

Yunus reçoit de nombreuses récompenses dont le prestigieux Prix Nobel de la paix en 2006.
Il rentre ainsi dans un club très restreint : celui de P-DG Prix Nobel de la paix dont il est le premier et seul membre.

 

La Grameen Bank emploie 24 000 personnes et compte plus de huit millions de clients.


 

Exclu de sa propre banque !

 

Malgré ses prix et récompenses pour services rendus à son pays, le « banquier des pauvres » est victime d’une campagne de dénigrement.

Sa popularité, sa réussite et son influence au sein de la Grameen Bank au Bangladesh suscitent la jalousie du gouvernement.

Or Yunus dénonçait aussi une classe dirigeante dans son pays qui était uniquement intéressée par « le pouvoir et l’argent », visant principalement le premier ministre Sheikh Hasina.

Face à ces déclarations jugées diffamatoires par les dirigeants politiques, madame Hasina pris la défense de son époux en accusant le pionnier du Microcrédit « de sucer le sang des pauvres » et de manipulations financières pour ne pas payer d’impôts.

Toujours est-il que Muhammad Yunus fut limogé le 2 mars 2011 de la Grameen Bank par la banque central du Bangladesh.

Prétextant un vice de forme dans sa reconduction depuis 1999 …

La Haute Cour du Bangladesh ajouta aussi que son licenciement était légitime puisque l’économiste âgé de 70 ans avait largement dépassé l’âge légal de départ à la retraite.

Quels que soient les différents règlements de comptes autour du patron de la Grameen Bank, Yunus poursuit son rêve en prouvant qu’un capitalisme à visage humain pouvait réellement endiguer une bonne fois pour toute la pauvreté dans le monde.

Maintenant, reste à savoir si son successeur aura autant de panache, de dévouement et d’humanité pour poursuivre son oeuvre.

Car n’oublions pas que malgré cette tentative de ternir l’image de Muhammad Yunus – qu’elle soit fondée ou non – la Grameen Bank qui emploie 24 000 personnes et compte plus de huit millions de clients est à l’origine d’un système qui fut et continue d’être un modèle pour les pays émergents du monde entier.

 

Les leçons de son succès :

* Financer des microentrprises est un bon moyen pour supprimer la pauvreté
* Le business social est une forme de mécénat qu’il faut développer

 

Pensez-vous comme Muhammad Yunus que nous pouvons encore croire, en pleine mondialisation à un capitalisme à visage humain ?

Commentaires

  1. Le microcrédit est desormais reconnu meme si il faut encore et toujours se battre.
    Voir l’ADIE par exemple http://www.adie.org/
    c’est bien de faire connaitre cet homme pour ceux qui ne le connaissait pas.

    Bon week end
    Isabelle Miaou

    • Jean-Charles Dimier

      Bonjour Isabelle,

      Merci pour ton lien.

  2. Serbouti said

    Micro crédit a aggraver la situation de pauvreté dans le monde , y a des chiffres par tou dans le monde, mais ne reflète pas la réalité…

    • Jean-Charles Dimier

      Ok Serbouti,

      Aurais-tu des informations plus précises à nous donner ?

  3. Un grand homme ! J’avais lu un livre sur lui et le micro-crédit vers 2000-2001, et j’avais été épaté par sa démarche. Tu devrais en parler dans ton article de ce livre d’ailleurs ^^ : « Vers un monde sans pauvreté »

    • Jean-Charles Dimier

      Salut Hernan,

      Alors, justement puisque tu en parles, il est question que je fasse une chronique de sa bio « Vers un monde sans pauvreté » très bientôt ;)

  4. Le gars est en effet très connu! Peut-être un des Indiens les plus célèbres!

    • Jean-Charles Dimier

      Apparemment sa célébrité gêne les pouvoirs politiques de son pays …
      Affaire à suivre …

  5. J’avais déjà entendu parlé de cette banque, et ton article est vraiment rafraichissant, plein d’espoir pour l’humanité : je retiens 2 leçons, l’altruime est une qualité qui permet de faire gagnant/gagnant et nul n’est besoin de se sacrifier ou de se dépouiller pour donner.

    • Jean-Charles Dimier

      Tu as tout à fait raison Patricia.
      Tu remarqueras d’ailleurs que ce genre de démarche à grande échelle, dérange toujours les pouvoirs politiques en place.

  6. Jean-Charles, la surprise au menu, la banque !!!

    Je pense que cet homme était inspiré et dans sa mission quand il a mis au point son idée. Malheureusement, partout où il y a de la lumière il y a l’ombre aussi et le micro-crédit a été réduit de nouveau à un système d’esclavage pour les personnes qui l’ont utilisé.

    Les besoins vitaux des personnes ne sont pas encore couverts dans de nombreux pays dont le nôtre bientôt. Pour moi le plus juste, après avoir passé beacoup de temps de ma vie dans plusieurs pays de la planète, avoir essayé plusieurs démarches économiques dans notre pays, est que que nous ayons tous nos besoins vitaux couverts, un toît décent, un bon repas et que toute notre créativité puisse servir aux uns et aux autres, à créer une véritable société. Voici un lien http://le-revenu-de-base.blogspot.com/ que j’ai sur ma page FaceBook, peut-être qu’il inspirera d’autres personnes. C’est une solution envisageable. A creuser.

    Encore un moment agréable passé sur ton blog.

    Bonne semaine en attendant le prochain rendez-vous économiquo-philosophique!

    Emmanuelle
    http://www.lespaquantique.com/vibration-bonte-etre-plus-heureux/

    • Jean-Charles Dimier

      Le concept du revenue de base donne effectivement matière à réfléchir.

      Solution envisageable, évolution possible ou tout simplement utopie ?
      Cela reste en effet à creuser…

      En tout cas, merci Emmanuelle pour la pertinence de ton nouveau commentaire.

  7. J’ai pu voir un reportage télé sur le sujet et je trouve cet homme génial. Il en faudrait plus comme lui.

    • Jean-Charles Dimier

      Justement, en général les autorités qui courent après le pouvoir n’apprécient pas trop ce genre de personne.
      C’est la raison pour laquelle, Muhammad Yunus est actuellement victime dans son pays d’une campagne de dénigrement…

  8. Bonjour Jean-Charles,

    Voilà un article qui fait du bien à lire. Comme le montre l’exemple de cet homme, on a trop souvent tendance à s’attarder sur ses connaissances sans pour autant être sur le terrain à appliquer ces méthodes. Il faut souvent une prise de conscience pour amener certains à réagir et intervenir sur le concret.

    Comme il serait bon que les pouvoirs dirigeants s’y intéressent d’un peu plus près, mais tu notera comme il le dit si bien, c’est le « pouvoir de l’argent qui domine ».

    En tout cas c’est une excellente idée de faire passer ce message.

    Merci encore

    Fabrice

    • Jean-Charles Dimier

      Salut Fabrice,
      Merci à toi.

      Je pense que je creuserai davantage le sujet en chroniquant son livre : « Vers un monde sans pauvreté » très prochainement.
      Le personnage vaut le coup que l’on s’y attarde :)

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