Image Image Image Image Image Image Image Image Image Image

Succesrama | June 29, 2017

Scroll to top

Top

7 Comments

Notre mère la Terre

Notre mère la Terre
Jean-Charles

Je encore vu récemment le formidable travail de Yann Arthus-Bertrand.

Ses films, ses photographies, ses idées sont une véritable déclaration d’amour à notre belle planète bleue.

Après un tel spectacle, on ne peut que considérer définitivement notre terre « Gaïa » comme un véritable organisme vivant.

Et à l’heure verte, le bilan fait plutôt froid dans le dos.

Mais loin de moi de fustiger quiconque ou encore de me lancer dans un discours alarmiste, pessimiste et qui serait de toute façon déplacé et surtout inutile.

Quand vous regardez la terre photographiée depuis la lune, vous ne voyez aucune distinction entre les nations ou les États.

Cette vision pourrait être le symbole d’une nouvelle harmonie, célébrée par le continent, par le pays, par le peuple dont nous sommes membres.

Je voulais surtout partager avec vous une autre déclaration, celle d’un chef indien de Seattle datant du XIX ème siècle.

Nul ne personnifie, selon Joseph Campbell, cette éthique plus clairement que lui.

Pour remettre rapidement les choses dans leur contexte, le chef Seattle fut l’un des derniers porte-parole de l’ordre « moral paléolithique ».

Aux environ de 1852, le gouvernement des États-Unis chercha à acquérir les terres de sa tribu pour les nouveaux immigrés.

Le chef de Seattle répondit par une merveilleuse lettre qui irradie à elle seule des propos d’une formidable sagesse dont nous ferions bien de nous inspirer encore et toujours.

 

La voici :

 

  Le Président à Washington me fait savoir qu’il désire acheter

notre terre. Mais comment peut-on acheter ou vendre le ciel ? La

terre ? Cette idée nous semble étrange. Si nous ne possédons pas la

fraîcheur de l’air et le scintillement de l’eau, comment pouvons-nous

les vendre ?

 

*

 

Chaque partie de cette terre est sacrée pour mon peuple.

Chaque aiguille de pin brillante, chaque virage sablonneux, la brume

dans les bois sombres, chaque prairie, chaque insecte lumineux et

bourdonnant est sanctifié dans la mémoire et l’expérience de mon

peuple.

 

*

 

Nous savons que la sève circule à travers les arbres comme le sang

circule dans nos veines. Nous faisons partie de la terre et elle fait

partie de nous. Les fleurs odorantes sont nos sœurs. L’ours, le daim,

le grand aigle sont nos frères. Les rochers, les prairies luxuriantes,

le corps chaud des poneys, celui de l’homme, tout appartient à une

même famille.

 

*

 

L’eau scintillante qui coule dans le lit des ruisseaux et des fleuves

n’est pas que de l’eau, c’est le sang de nos ancêtres. Si nous vous

vendons notre terre, vous devrez garder en mémoire que cette terre

est sacrée. Chaque reflet éphémère dans l’eau claire de nos lacs nous

parle des évènements qui jalonnent la mémoire de mon peuple. Le

murmure de l’eau est la voix de mes aïeux.

Les fleuves sont nos frères. Ils étanches notre soif. Ils portent nos

pirogues et nourrissent nos enfants. Aussi vous devez leur montrer

autant d’affection que vous en montreriez à des frères.

 

*

 

Si nous vous vendons notre terre, rappelez-vous que l’air nous est

précieux et qu’il partage son esprit avec toute la vie qu’il entretient.

Le vent qui donna à notre grand-père son premier souffle reçut aussi

son dernier soupir. Le vent donne à nos enfants le souffle de la vie.

Aussi, si nous vendons notre terre, vous devrez la respecter et

la tenir pour sacrée, comme un endroit où l’homme peut savourer

le vent parfumé par les senteurs de la prairies

 

*

 

Apprendrez-vous à vos enfants ce que nous avons appris aux nôtres ?

Que la terre est notre mère ? Que tout ce qui lui arrive, arrive aussi à

ses fils ?

 

*

 

Nous savons ceci : la terre n’appartient pas à l’homme, c’est l’homme

qui appartient à la terre. Tout ce qui existe nous unit les uns aux autres

comme le sang qui coule dans nos veines. L’homme n’a pas confectionné

le tissu de l’existence. Il en est simplement l’un des fils.

Ce qu’il fait au tissu, il le fait à lui-même.

 

*

 

Il y a une chose que nous savons : notre Dieu est aussi le vôtre.

La terre lui est chère et mépriser cette terre c’est insulter gravement son

créateur.

 

*

 

Votre destinée est un mystère pour nous. Que se passera-t-il lorsque tous

les bisons auront été massacrés ? Les chevaux sauvages dressés ?

Qu’arrivera-t-il lorsque la forêt profonde et secrète, imprégnée de l’odeur

de tant d’hommes, et les collines fertiles auront été souillées par tous ces

fils électriques qui transmettent la parole ? Où seront les fourrés ? Ils auront

disparu. L’aigle ? Il se sera évanoui. Quand l’homme aura dit adieux au poney

et à la chasse, viendra le temps de la survie. Car sa vie sera terminée.

 

*

 

Quand le dernier Peau-Rouge aura disparu dans ses solitudes et que son

souvenir ne sera plus que l’ombre du nuage fuyant sur la prairie, ces côtes

et ces forêts existeront-elles encore ? L’esprit de mon peuple survivra-t-il

quelque part ?

 

*

 

Nous aimons cette terre comme un nouveau-né aime entendre battre le cœur

de sa mère. Aussi, si nous vous vendons cette terre, nous vous demanderons

de l’aimer comme nous l’avons aimée. D’en prendre soin comme nous en

avons pris soin. De garder en vous le souvenir de ce qu’elle est maintenant.

De la protéger pour tous les enfants et de l’aimer comme Dieu nous aime tous.

« Comme nous, vous faites partie de la terre. Elle nous est précieuse. Elle vous

l’est aussi. Nous savons une chose : il n’y a qu’un Dieu. Nul homme – Peau-Rouge

ou Visage Pâle – ne peut se séparer de lui.

Nous sommes frères, après tout. »

 

 

*  *

*

 

 

Commentaires

  1. Cette lettre est magnifique…Merci!

  2. Bonjour Jean-Charles Shéhérazade,

    Un texte magnifique et j’ai relevé cette phrase si cruelle quant on sait le sort qui a été fait à ces pauvres peaux-rouges :

    « Quand le dernier Peau-Rouge aura disparu dans ses solitudes et que son
    souvenir ne sera plus que l’ombre du nuage fuyant sur la prairie, ces côtes
    et ces forêts existeront-elles encore ? L’esprit de mon peuple survivra-t-il
    quelque part ? »

    Avec les excès des hommes dits « civilisés » à leur égard que reste-t-il de leur esprit, oui en vérité que reste-t-il

    • Jean-Charles Dimier

      Bonjour Sylviane,

      Tu sais, même encore aujourd’hui, le génocide des indiens est encore un sujet tabou aux États-Unis.
      Les Américains ne sont toujours pas vraiment à l’aise avec leur histoire.
      Même si en 1990, le succès du film de Kevin Costner : « Danse avec les loups », remit la cause indienne au goût du jour, enfin si l’on peut dire…

  3. Bonjour Jean-Charles,

    Merci d’avoir abordé ce sujet. Un jour j’ai compris que les Terriens pourront vivre heureux le jour où ils auront intégré qu’ils ne sont pas propriétaires de leur bout de terrain et qu’il n’y a donc aucune raison de le défendre avec des armes contre ses voisins, eux-aussi soi-disant propriétaires de quelques mètres carrés.

    Combien de temps cela prendra t-il encore ?

    Bien à toi

    Emmanuelle

    • Jean-Charles Dimier

      Hé oui Emmanuelle,

      Nous sommes avant tout des locataires sur cette terre et comme dans toute bonne cohabitation, autant vivre en harmonie plutôt que de tout saccager sur l’autel du profit.
      Naïf ? Utopiste ?

      Possible…

  4. Bonjour, et merci d’avoir redonné vie à cette magnifique lettre, dont les mots sont éternels. A nous de retrouver l’humilité et la sagesse pour la survie de la Terre.

    • Jean-Charles Dimier

      Croisons les doigts, Françoise.

Poster un commentaire

CommentLuv badge