Image Image Image Image Image Image Image Image Image Image

Succesrama | 25 juin 2019

Scroll to top

Top

No Comments

PAUL HARRIS : Le Crâne de Cristal (1)

PAUL HARRIS : Le Crâne de Cristal (1)
Jean-Charles

Illustration : © Ciro Tota

 

 

 

 

Avant-propos :

De nombreux commentaires évoquaient à juste titre pourquoi le blog ne semblait plus à jour.

Je confirme qu’il est effectivement resté en « jachère » pendant six ans, le dernier article étant paru en mai 2013.

Un long voyage intérieur a été nécessaire, pour travailler sur un récit de longue haleine, qui me tenait particulièrement à cœur. Un projet un peu fou d’ailleurs, puisqu’il s’agit d’une grande saga comportant plusieurs livres. Au détriment, et je m’en excuse, d’une publication régulière d’articles.

C’était un choix à faire, changeant forcément la direction éditoriale du site.

L’ébauche de cette épopée m’a accaparé tout ce temps, afin d’anticiper les diverses intrigues qui vont se nouer au fil des volumes qui la composeront.

Le premier tome est enfin prêt, avec à la clé, un véritable dénouement, mais qui jette en même temps les bases d’un monde fantastique, dans tous les sens du terme.

Voici les trois premiers chapitres. Deux autres suivront à une semaine d’intervalle, regroupant au total onze chapitres.
Cela vous permettra de vous faire une petite idée de la tournure des événements qui rythmeront le récit.

Je vous invite donc sans plus tarder, à découvrir le début de l’extraordinaire odyssée de Paul Harris.

Ce jeune orphelin de quatorze ans devra prendre les rênes d’un destin, qui le mènera bien au-delà de ce qu’il s’imagine. En comptant sur le seul atout qu’il possède : son courage.

 

  En vous souhaitant une bonne lecture, 🙂 merci pour votre attention.

 

 

PAUL HARRIS

– Le Crâne de Cristal –

( Chapitres 1, 2, 3, )

 

 

Chapitre 1. Disparition

 

 

Le réveil affichait deux heures dix-sept quand la sonnerie du smartphone retentit.
Vibrant sur la table de nuit, il réveilla en sursaut Hannah Finkel. Elle faillit le faire tomber avant de répondre, les yeux bouffis de sommeil.
— … llô ?
— Crish… crishhhh… Hann… Hannah ! Crishh… Au sec… au secours ! Crishhhhh !
— Allô ? Allô ? C’est toi Jonas ?
— …
— Jonas ? Jonas ?
À l’aube, les autorités localisèrent le véhicule abandonné de son mari dans la forêt.
Mais une chose curieuse se trouvait à proximité. Une zone carbonisée formait un cercle parfait, d’au moins sept à neuf mètres de diamètre.
Aucune trace de Jonas Finkel.
C’est par cette première disparition que débuta la série des « Crop-Circles ».
La singularité de ce fait divers ébranla Shelton Hill, bourgade proche de la province du Québec.
D’autres manifestations étranges allaient bientôt secouer la région.
Phénomènes mystérieux qui restent encore à ce jour inexpliqués.

 

 

Chapitre 2. La cabane

 

 

Une semaine après la disparition, le quotidien de Shelton Hill reprit son cours normal, si l’on peut dire. Toutefois, les commentaires allaient bon train au sujet du disparu. Que diable faisait Jonas Finkel à une heure pareille dans les bois ?
Paul Harris quitta le drugstore de la rue principale sans prêter attention aux divers ragots, qui fusaient parmi les autres clients. Il enfourcha sa bicyclette et quitta le centre-ville. En partant, il remarqua de l’autre côté de la rue, deux hommes en costumes sombres, lunettes noires sur le nez. Une chose était sûre : ils n’étaient pas d’ici. Les deux étrangers semblaient d’ailleurs le dévisager avant d’entrer dans leur véhicule.
Il n’en fit pas de cas et oublia vite leur présence. Cependant, Paul ignorait que l’un d’eux affichait son portrait sur son cellulaire. Son comparse hocha la tête en regardant à son tour l’écran de l’appareil, tout en démarrant le moteur. Ils prirent la direction opposée à celle du jeune cycliste.
Paul coupa à travers champ pour arriver le plus vite possible à sa destination. En ce bel après-midi aux parfums printaniers, son principal souci était de terminer le chantier qu’il avait commencé avant l’hiver avec ses trois fidèles amis : Alex, Billy et Luc.
Ils construisaient une cabane dans un grand chêne. L’arbre offrait de par la ramification de ses branches le site idéal pour camoufler leur construction aux curieux. Les quatre garçons respectaient ce patriarche séculaire dans la mesure où aucun clou n’abîmerait le végétal.
Le sujet de conversation dériva sur l’affaire Finkel et ce drôle de cercle qui avait brûlé le sol comme un fer à repasser oublié sur du linge. Au même moment, Alex apparut tout essoufflé. Il tâchait de reprendre sa respiration, son visage rondouillard, rendu écarlate par l’effort.
— Désolé…  pour mon retard, mais apparemment… il y a du nouveau. Un autre cercle a été découvert dans les profondeurs de la forêt, identique à celui retrouvé près de la voiture de Jonas Finkel.
— Et si… c’était une invasion extra-terrestre ? paniqua Billy.
— Alors où sont leurs vaisseaux ? ricana Luc.
— En tout cas, des types bizarres traînent en ville en ce moment, dit Paul. Je me demande ce que cache tout cela.
— Les bois sont peut-être hantés ? s’écria Alex. C’est l’esprit de la forêt qui se manifeste.
— Des extra-terrestres et maintenant une forêt hantée. Là, vous délirez carrément les gars, se moqua Luc.
Amusé, Paul conclut :
— Quelle que soit l’explication, on a pour le moment d’autres préoccupations. Et on n’est pas vraiment en avance. Alors on devrait plutôt se mettre au boulot. Vous ne croyez pas ?
Paul et ses amis voulaient faire une surprise à Julie, la seule fille de la bande. Julie avait un an de plus que les garçons. Elle était atteinte d’une leucémie. Paraplégique depuis sa naissance, elle se déplaçait en fauteuil roulant. Et pour ne rien arranger, les nombreux traitements contre sa maladie lui avaient fait perdre ses cheveux.
Cependant, le dernier en date semblait résorber sa pathologie. Une rémission qui avait entre autres pu être possible grâce aux progrès médicaux de la firme HHC (Harris Health Company). Mais le traitement était onéreux. La couverture santé de sa mère était insuffisante pour régler la totalité des frais, l’obligeant à de nombreux sacrifices comme l’hypothèque de leur maison.
Après six mois passés en clinique dans une chambre stérile, les médecins autorisaient enfin Julie à retourner chez elle, sans le risque d’une éventuelle rechute. Elle devait néanmoins revenir à l’hôpital afin de suivre un contrôle hebdomadaire. Paul, Luc, Alex et Billy voulaient, pour fêter sa sortie, lui offrir cette cabane en forme de fusée dans le grand arbre qui était sur un terrain broussailleux. Il appartenait à la mère de Julie et constituait également leur terrain de jeu.
Ils avaient spécialement conçu cet abri pour que leur amie puisse y accéder facilement, malgré son fauteuil roulant. Une partie du plancher de la maisonnette était amovible de telle sorte qu’il faisait office d’ascenseur. Le tout s’activait à l’aide d’un système à poulies, relié à de grosses cordes semblables à des câbles.
L’élaboration de ce vaisseau de fortune était très ingénieuse. Paul avait établi les plans. Luc s’était occupé de la partie technique tel un ingénieur en herbe. Alex et Billy, les aidaient à tout mettre en place.
Un drame familial était à l’origine de leur amitié avec Julie. Alex avait perdu son père, foudroyé par un AVC cinq ans plus tôt. Sa mère s’était remise en ménage avec un type qui n’avait pas vraiment la fibre paternelle. Ce dernier ayant perdu son emploi pour cause de licenciement économique, ruminait constamment et passait ses nerfs sur le pauvre Alex, dont le dos était lacéré à coups de ceintures.
Sa mère, exerçant en tant qu’infirmière de nuit, ne se rendait compte de rien. La perte de son mari l’avait rendue insomniaque. Et la fatigue lui faisait un peu perdre la réalité des choses. D’autant que son nouveau compagnon s’attelait aux tâches ménagères avec zèle, et lorsqu’elle rentrait au petit matin, elle trouvait une maison rangée, propre et le petit déjeuner servi. Elle ne se doutait pas de l’envers du décor. Elle ne se doutait pas de la violence et des brimades que son fils subissait au quotidien de la part de son beau-père.
Un après-midi, Billy, pour chahuter avec son ami, lui donna une claque amicale dans le dos. Alex hurla après son camarade et se jeta sur lui, avec agressivité. Paul trouvait son comportement étrange depuis quelque temps. Lui qui habituellement fuyait toujours les conflits.
Ses inquiétudes se confirmèrent lorsque n’en pouvant plus, Alex arriva un jour en pleurs, ne pouvant plus cacher son calvaire. Lorsqu’ils virent son dos zébré de marques rouges, ils ne surent pas quoi dire sur le moment. Billy fut le premier à réagir :
— On va lui faire la peau à ce salop…
— Ne dis pas n’importe quoi, affirma Luc, il faut prévenir les services sociaux et…
— Noooon, gémit Alex. Je ne veux pas être placé dans un foyer d’accueil.
Paul qui était resté silencieux jusqu’à maintenant prit la parole :
— Il faut en parler à Madame Thompson. Elle pourra certainement nous aider. Je pense qu’on peut lui faire confiance.
Emma Thompson était la mère de Julie. Elle était directrice de l’école primaire où étaient allés les quatre garçons. Elle élevait sa fille infirme, seule. Son compagnon l’avait quittée peu de temps après sa naissance, fuyant ce qu’il estimait sans doute être un fardeau. Aussi, lorsque Emma Thompson prit connaissance des malheurs d’Alex, elle réagit immédiatement.
C’est avec tact et professionnalisme qu’elle résolut ce drame. Quand la mère d’Alex fut mise au courant des sévices de son concubin sur son fils, elle le chassa de chez elle, mais ne porta pas plainte. Elle redoutait que l’Administration d’aide à l’enfance ne lui enlève Alex. Depuis, elle était passée au service de jour à l’hôpital pour être davantage présente. La culpabilité l’avait rongée durant un certain temps, mais grâce au soutien psychologique d’Emma Thompson, la situation s’améliora. Paul avait vu juste.
C’est à partir de ce moment-là qu’ils firent la connaissance de Julie. Elle avait peu d’amis, et ses différents séjours à l’hôpital pour ses examens n’y contribuaient pas non plus. Les gens avaient surtout des a priori sur la maladie. Du coup, cette petite touche de féminité dans la bande rééquilibrait l’état d’esprit des garçons qui essayaient toujours d’avoir les faveurs de la jeune fille.
Très cultivée du haut de ses quatorze ans, Julie était une véritable encyclopédie vivante. Elle était une source d’informations inépuisable. D’ailleurs, Paul affirmait souvent en plaisantant : « Il y a ceux qui cherchent sur Google, nous, nous avons Julie. »
Les beaux jours qui se rallongeaient depuis le mois de mars leur permirent d’avancer le chantier. Ils y passaient tout leur mercredi après-midi et les week-ends. La cabane avait un aspect rectangulaire. Mais c’était toutefois son cockpit à l’autre extrémité de l’arbre qui lui donnait la forme aérodynamique d’une fusée. Ce fut le parquet qui avait été le plus difficile à construire. Ils avaient cependant bénéficié des conseils avisés du père de Billy qui était charpentier- menuisier.
Julie était passionnée par les récits de science-fiction et les contes fantastiques en général. Ils espéraient lui faire plaisir en lui créant ce petit coin à eux où ils pourraient rêvasser, sans être dérangés par quiconque. Quoi qu’il en soit, chacun avait une tâche bien précise à effectuer. Et ils étaient très bien organisés, malgré parfois quelques querelles.
Pour l’heure, Paul et Luc réglaient le mécanisme du plancher. De leur côté, Billy et Alex peignaient les ailerons, rajoutés de chaque côté de la cabane pour donner un aspect plus aérospatial. Alex fit d’ailleurs remarquer à Billy :
— Hé, fais gaffe, tu débordes sur l’autre côté, c’est moche.
— J’aimerais bien t’y voir, avec le pinceau que j’ai. Forcément, toi, t’as pris le plus fin.
Luc intervint à son tour :
— Il n’a pas tort, tu ne t’appliques pas suffisamment.
Soudain, Billy prit la mouche :
— Puisque vous êtes si malins, débrouillez-vous sans moi. Il jeta violemment ses gants en plastique, encore maculés de peinture fraîche.
Il se précipita sur l’échelle de corde, descendit de l’arbre, enfourcha son vélo, et commença à partir lorsque Paul le rattrapa.
— Bon sang, Billy, qu’est-ce qui te prend ? Te voilà bien susceptible tout à coup. Crache le morceau ! C’est quoi le véritable problème ?
Paul dégageait une authentique empathie. Il possédait cette finesse psychologique qui lui donnait cette faculté à ressentir immédiatement ce qui n’allait pas chez quelqu’un. Et là, en l’occurrence, il sentait que quelque chose tracassait son ami. Billy regarda un instant par terre avant de se décider à parler.
— Je risque de partir en Floride à la prochaine rentrée scolaire.
Paul resta silencieux. Cela l’encouragea à continuer :
— Ma mère a peut-être obtenu une promotion dans son travail… Il se pourrait qu’on déménage durant l’été. Elle affirme aussi que le climat de la Floride est plus clément qu’ici. Qu’il fait toujours soleil et que ce sera mieux pour nos études, mon frère et moi… Hier soir chez nous, c’était plutôt mouvementé avec mon père qui ne veut pas quitter le coin. Il dit qu’il a sa clientèle et que la scierie à proximité est bien pratique pour se fournir en bois. Ma mère lui a affirmé que c’était un faux problème, car là-bas, il pourrait constituer une nouvelle clientèle encore plus aisée. Bref, face à son refus catégorique elle l’a traité de : « gagne-petit minable », enfin, la soirée a dégénéré…
— Attends Billy, rien n’est sûr. La prochaine rentrée est encore loin et puis… il y a toujours une solution.
— Possible, mais qu’est-ce que je deviendrai là-bas ? Je m’en fous du soleil de la Floride.
Billy continua :
—T’as du bol, toi. Tes parents sont constamment d’accord. Et ils te laissent toujours une grande liberté d’action.
C’est vrai que Paul reconnaissait avoir une excellente relation avec eux. Il avait leur confiance et espérait que cela continuerait toujours ainsi.
Luc et Alex les rejoignirent avec un air interrogateur.
Puis Alex dit à Billy :
— Prends mon pinceau si tu veux, moi, ça ne me fait rien.

 

 

Chapitre 3. Les Harris

 

 

Les empreintes de cercles brûlés attirèrent forcément les médias. Phénomènes inexpliqués qui laissaient libre cours à des interprétations les plus  farfelues. Mais un autre événement défrayait aussi la chronique. Il concernait la famille Harris et plus particulièrement Mathieu Harris : le père de Paul. Connaître son histoire permettait de mieux comprendre la suite des événements.
Mathieu, fervent défenseur de l’environnement, dirigeait un grand parc national pour la protection des espèces. C’était un homme grand, brun, à l’allure athlétique. Passionné par la nature, ses connaissances en arboriculture, de la faune et de la flore, auraient pu rivaliser par ailleurs, avec celles des meilleurs professeurs d’université, quitte à les faire pâlir sans aucun doute de jalousie. L’astronomie était également un de ses domaines de prédilection. Lorsqu’il évoquait ces sujets, il arrivait réellement à captiver son auditoire, tant il avait ce don pour expliquer les choses avec enthousiasme et simplicité.
Il avait réussi à transmettre son exaltation à Paul. Quand ce dernier expliquait à son tour le nom des étoiles en fixant le ciel, à sa sœur Manon, de quatre ans sa cadette, son père se félicitait de leur complicité.
Les Harris étaient une famille heureuse et unie.
Au départ pourtant, les choses n’avaient pas été aussi simples. Mathieu Harris avait rencontré sa femme Élodie, alors qu’il présidait avec des amis une soirée mondaine, organisée par les grands laboratoires HHC (Harris Health Company) lors d’une vente de charité.
Son père, Ferguson Harris en était le dirigeant principal. Il avait créé un véritable empire pharmaceutique qui brassait énormément de capitaux. C’était un homme influent, hautain avec une aura redoutable qui contribuait à faire de lui un PDG extrêmement puissant, à qui on ne disait jamais non. Une seule personne avait cependant osé contester son autorité. C’était son fils unique : Mathieu.
Différents spectacles animaient cette soirée qui rassemblait diverses personnalités fortunées : des hommes d’affaires comme des vedettes de cinéma ou d’autres célébrités du show-business. Ferguson Harris, loin d’être un philanthrope chevronné, comptait sur ce genre de manifestation pour promouvoir une bonne image à son entreprise et lui assurer en même temps un bon coup de projecteur médiatique. Alors que Mathieu naviguait entre les tables pour récupérer les enveloppes des invités, il fut fasciné par une douce mélodie, qui en guise d’interlude, meublait le moment de la récolte des dons.
C’était la première fois qu’il voyait sa future femme. Au centre d’une grande scène, Élodie jouait sur un piano à queue blanc, drapée dans une longue robe de soirée noire qui lui allait à merveille. Le contraste était saisissant. Ses longs cheveux frisés châtain clair qui tombaient en cascade sur son dos lui donnaient l’allure d’une divinité grecque. Et le morceau qu’elle jouait semblait tellement envoûtant… Mathieu tomba immédiatement amoureux.
Élodie Parmentier était issue d’une famille modeste d’origine française. Ayant perdu ses parents dans un accident de voiture à l’âge de sept ans, elle fut recueillie par sa tante qui dirigeait une école de musique à Montréal, créée à l’origine par son défunt mari. Aussi, quand Ferguson Harris vit son fils flirter avec « sa pianiste », il pensa qu’il s’amusait et que rien de sérieux ne pouvait s’envisager.
Lorsqu’il entendit parler « mariage », il vit rouge. Il avait une autre ambition maritale pour son fils, en tout cas, avec quelqu’un plus en relation avec son milieu social. Mathieu avait commencé des études dans la finance sans conviction, planifiées surtout par son père. Ce dernier voulait le former pour qu’il puisse, le moment venu, assurer sa succession. Avare de compliments, Ferguson plaçait néanmoins tous ses espoirs en lui. Seulement, Mathieu était tout l’opposé de son géniteur. Charmeur, affable, sensible, pédagogue, il n’avait cure de l’héritage familial. Il aspirait à des choses simples et sans ostentation. L’amour d’Élodie lui donna enfin le courage de contrer le joug paternel.
Le courroux de Ferguson Harris fut terrible. Il lui coupa tous ses acquis financiers. Mais l’insoumis avait d’autres ressources. Son fils était devenu un électron libre dont il rendait responsable cette maudite jeune femme qui l’avait ensorcelé. Que pouvait-il y faire ? Rien pour le moment, mais patience. Il espérait rapidement le retour de sa progéniture, blasée de sa vie aux modestes revenus, pour lui demander une aide financière. Il savait déjà quelle serait la contrepartie qu’il lui imposerait.
Les deux amants dissidents se passèrent de la bénédiction du PDG de HHC et se marièrent en petit comité. Tandis que Mathieu entreprenait une voie qui lui correspondait enfin, Élodie enseignait le piano. Elle avait renoncé à percer dans le milieu musical, avec ses compositions originales. Son mari soupçonnait son père d’influencer les différentes maisons de production afin de casser la carrière de sa femme. Car il était certain du talent de son épouse et l’encourageait toujours à persévérer.
Mais qu’importe, Élodie était heureuse malgré tout. Elle continuait toujours à composer pour son plaisir. Et la naissance de Paul et Manon n’avait fait que contribuer davantage à leur bonheur. Mais plus que tout, elle savourait l’amour authentique de Mathieu. Pour elle, cela valait bien tous les concertos du monde.
La famille Harris s’était installée à Shelton Hill, petite ville où Mathieu était au service de l’environnement, constitué essentiellement de la grande forêt. Il était aussi le créateur du parc naturel qui faisait la fierté du comté. Et grâce à ses aménagements, Mathieu espérait davantage de subventions pour améliorer la biodiversité de cet endroit devenu idyllique.
En tout cas, chaque année, il y avait toujours plus de visiteurs, à la grande satisfaction du maire. Sa ville bénéficiait des revenus du tourisme de façon exponentielle et la conséquence positive qui en découlait était la création de nombreux emplois.
Mathieu et Élodie avaient trouvé un coin qui leur correspondait à tout point de vue. Un endroit où le bonheur berçait leur quotidien. Un havre de paix idéal pour élever leurs enfants.
Quinze années s’étaient écoulées depuis.
Quinze années durant, où Mathieu Harris n’avait plus aucun contact avec son milieu d’origine.
… Jusqu’à ce jour !

 

*          *

 

Rendez-vous la semaine prochaine pour la suite 🙂

 

Submit a Comment