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Succesrama | 19 novembre 2019

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PAUL HARRIS : Le Crâne de Cristal (2)

PAUL HARRIS : Le Crâne de Cristal (2)
Jean-Charles

Illustration : © Ciro Tota

 

 

 

 

 

 

PAUL HARRIS

– Le Crâne de Cristal –

( Chapitres 4, 5 )

 

 

Chapitre 4. Scandale

 

 

Le jour du scandale, rien ne laissait présager l’effroyable drame qui s’abattrait sur les Harris.
Cette journée commença, sous un soleil radieux, illuminant le petit comté. Dans leur maison, une odeur de pancakes s’échappait de la cuisine. Paul, dans le salon, travaillait ses gammes au piano sous le regard approbateur de sa mère qui faisait des couettes à Manon.
— OK tout le monde, le p’tit dej est prêt ! annonça Mathieu, qui mettait une touche finale à son omelette aux fines herbes dont lui seul avait le secret.
La famille s’attabla autour de la table. Les repas familiaux avaient toujours ce rapport convivial où l’on prenait le temps de parler de choses et d’autres, voir de problèmes si toutefois il y en avait. Pas de radio ou de télévision pour interférer ce rendez-vous sacré. Et ce matin, Mathieu avait une excellente nouvelle à annoncer à sa femme.
Il y a quelques mois, il avait diffusé des enregistrements des compositions d’Élodie dans la serre du Parc. Il trouvait que ses mélodies donnaient davantage de plénitude à l’endroit. Or un visiteur curieux, accompagné de sa fille, à peine plus âgée que Manon, avait demandé quelle était cette belle musique qu’il entendait en fond sonore. Il s’avérait que l’homme en question dirigeait un célèbre théâtre à New York où de nombreux spectacles musicaux affichaient – complet – chaque soir. Mathieu lui donna un CD avec quelques enregistrements d’Élodie. Il était toujours ravi de faire connaître le talent de son épouse lorsqu’il en avait l’occasion. Puis, il oublia cette rencontre. Quelle ne fut pas sa surprise quand il consulta sa messagerie. Apparemment, ses compositions avaient suscité un vif intérêt auprès de la production.
Quand Élodie lut le mail, des étoiles apparurent dans ses yeux. Toutefois, elle avait déjà essuyé différents refus dans le passé et Élodie lui fit remarquer à juste titre d’ailleurs :
— Évitons quand même de nous monter la tête, espérons que ce Monsieur Mercury n’ait aucun compte à rendre à ton père.
Mathieu fronça les sourcils puis enlaça sa femme. On sentait une immense culpabilité dans le ton de sa voix :
— Je suis désolé pour tout ce que Ferguson t’a fait subir. Je suis parfaitement conscient que tu serais probablement à la tête d’une somptueuse carrière de musicienne si tu avais renoncé à m’épouser. Tu sais, j’y pense souvent et…
— Chuuut, lui dit-elle, posant délicatement son index sur la bouche. Si je devais revenir en arrière je referais exactement la même chose, des milliers de fois même, si nécessaire. Et puis, tu n’es pas responsable des malveillances de ton père.
Ils s’enlacèrent et Mathieu l’embrassa tendrement. Manon sautilla autour d’eux en réclamant aussi un câlin, sous les rires de Paul qui pour l’occasion, fit le clown en jouant au piano un morceau farfelu.

Ce jour-là, Paul et Manon furent amenés à l’école par leur père, Élodie avait un cours à donner dès la première heure. Une fois ses enfants déposés dans leur établissement respectif, Mathieu engagea son 4X4 sur la route du Parc. Il croisa un véhicule d’une chaîne de télévision qui attendait à l’entrée principale où se trouvait l’accueil. Sans doute en quête d’un reportage sur le Parc, se surprit à penser Mathieu dans un élan d’optimisme. Il n’était cependant pas dupe : la disparition de Jonas Finkel et l’apparition de ces mystérieuses figures cylindriques attisaient aussi la curiosité de nombreux parasites.
Lorsqu’il entra dans son bureau qu’il partageait avec son collaborateur, Josh raccrochait le téléphone. Son adjoint lui précisa que des reporters voulaient parler au responsable.
— Vraiment, ils sont ici pour nous ? s’enthousiasma Mathieu. Mais c’est génial, tu vois que ça valait la peine d’investir une partie de nos bénéfices dans ce spot publicitaire pour promouvoir le tourisme du Parc. On va mettre le paquet avec ceux-là ! Renchérit-il, en lui tapotant l’épaule amicalement.
Josh resta stoïque. On sentait qu’il avait du mal à contredire l’exaltation de son collègue.
— Tu n’as pas lu les gros titres de la presse ce matin ?
Avant d’attendre la réponse de son interlocuteur, il continua :
— Ils sont venus pour toi, mais pas pour ce que tu penses. En lui disant cela, il étala la première page du quotidien sur la table avec le titre suivant en caractères gras :

« Scandale sanitaire dans l’industrie pharmaceutique ! Le grand Lobby HHC (Harris Health Compagny) impliqué… »

Mathieu fixa le journal à son tour et comprit immédiatement pourquoi la télévision était présente sur son lieu de travail. Josh était un des rares, avec quelques notables du comté, à connaître ses origines. Il savait néanmoins qu’il avait coupé les ponts avec le clan depuis une bonne décennie déjà. De toute façon, Josh n’abordait jamais le sujet, même si parfois la curiosité le démangeait. Il respectait l’intimité de son ami. Malgré tout, il avait fait des recherches, concernant les activités de Ferguson Harris, le père de son collègue. Le personnage était un homme influent, un homme de pouvoir qu’il valait mieux avoir de son côté que contre soi. En tout cas, c’est ce qui revenait le plus souvent dans les articles éparpillés sur la toile et dans la presse en général.
Mathieu hésita et dit finalement :
— Écoute Josh, ce matin j’ai rendez-vous avec les techniciens de Microtech pour notre réseau informatique. Pourrais-tu les recevoir à ma place ? Je préfère partir chercher les jeunes pousses chez notre fournisseur habituel. Je sais que c’est toi qui devais y aller, mais je ne suis pas d’humeur à traiter avec les journalistes.
— Bien sûr, Mathieu, sans problème. Je vais leur dire que tu es absent pour la journée. Prends ma voiture, elle est garée derrière. Tu pourras comme ça sortir en toute discrétion par la porte est du Parc.
— Merci Josh.
Mathieu savait pourtant qu’il ne se débarrasserait pas aussi facilement des médias. Il lui fallait juste un peu de temps pour réfléchir et protéger sa famille de tout ce ramdam soudain. Il essaya de contacter Élodie sur son portable pour la prévenir, mais il tomba directement sur sa messagerie. Quand elle donnait ses leçons de piano, elle coupait toujours son mobile. Il lui laissa tout de même un message pour la prévenir.
Au volant du break de son ami, Mathieu quitta le parc et longea la route qui bordait la forêt en direction de la grande ville. Il vit sur le bas-côté différents véhicules dont une voiture de police. Il ralentit et reconnut l’agent qui était le père de Luc, l’un des amis de Paul. Il baissa sa vitre une fois arrivé à sa hauteur.
— Salut, Éric, un souci ?
— Bonjour, Mathieu, on nous a signalé à l’aube, un nouveau cercle dans les bois, identique aux deux autres.
— D’autres disparitions recensées depuis ? anticipa Mathieu.
— Non. En tout cas, pas pour l’instant. Une chose m’intrigue quand même : chaque fois la végétation est carbonisée. Je pense que l’on peut exclure l’hypothèse du canular car la perfection des figures est franchement déconcertante.
— En effet, une chance surtout que le reste n’est pas pris feu. Vous avez une idée de ce qui aurait pu causer cette série de… bizarreries ?
— Absolument pas ! On attend des spécialistes… Ah, d’ailleurs, ils arrivent. Bon, je te laisse, à bientôt.
Mathieu reprit son itinéraire et lorsqu’il vit deux hommes en costumes sombres avec lunettes noires sur le nez, sortirent de leur voiture en direction des policiers, il se dit en souriant qu’ils devaient débarquer directement du film « Men in Black ».
En passant devant la station-service à la sortie de Shelton Hill, Mathieu eut le réflexe de regarder son niveau de carburant. Il s’aperçut qu’il était sur la réserve. Il décida de faire demi-tour pour faire le plein.
Alors qu’il actionnait la pompe, un van d’une chaîne concurrente de celle qu’il avait croisée au parc arriva également pour se ravitailler en essence. Mathieu, par précaution, se décala légèrement pour leur tourner le dos. Un homme de taille moyenne et une jeune femme rousse aux cheveux courts sortirent du véhicule.
— Bon sang, comment s’appelle déjà ce trou, Nick ?
— Shelton Hill, Suzanne, répondit le chauffeur en relevant la visière de sa casquette.
— Tu es sûr que nous sommes dans la bonne direction ?
— Affirmatif ! J’ai suivi les indications du GPS.
— Bien ! Pendant que tu fais le plein, je vais nous chercher deux cafés.
— Excellente idée, bien noir et sans sucre pour moi. Merci ma toute belle !
La femme arriva à la hauteur de Mathieu qui remettait la pompe à sa place et demanda :
— Pardon Monsieur, bonjour… Shelton Hill est bien dans cette direction ?
— Oui, vous suivez tout simplement la route et vous tomberez directement dessus.
— Merci. Mais, hé, on se connaît, non ? Votre tête me dit quelque chose.
— Non, je ne crois pas.
— Ça y est ! Vous êtes le fils Harris. Quelle chance, nous allions justement à Shelton Hill pour vous rencontrer et…
— Laissez tomber, je n’ai rien à vous dire, balança-t-il d’un ton sec, en s’engageant dans la boutique pour régler sa note de carburant.
La femme fit signe à son complice qui percuta immédiatement en allant récupérer sa caméra. Lorsque Mathieu sortit pour partir, la chroniqueuse lui pointa sous le nez un micro avec derrière elle, le caméraman en faction.
— Attendez, attendez Monsieur Harris, donnez-nous votre opinion sur le scandale sanitaire qui touche les affaires de votre père ?
Excédé, Mathieu leur fit volte-face :
— J’ai coupé les ponts avec eux depuis longtemps. Or je n’ai aucun commentaire à vous faire à ce sujet. Maintenant, foutez-moi la paix. Et arrêtez cette maudite caméra, maugréa-t-il, en balayant l’air d’un geste brusque.
Il démarra le break en pestant contre Josh, d’avoir oublié de mettre de l’essence dans sa voiture.
Le pire, c’est que Mathieu était réellement de bonne foi. Il ne savait pas exactement quel était l’objet du scandale. Il n’avait pas pris le temps de lire en détail l’article du journal de son collègue.

*

En fin de matinée, Paul quitta la salle de classe pour se rendre à sa pause déjeuner. Il traversait une petite place pour changer de bâtiment lorsqu’il fut interpellé par un groupe d’élèves assis négligemment sur un banc. C’était la bande d’Eliott, un petit délinquant notoire qui se prenait pour un caïd. Il traînait avec deux autres acolytes. Apparemment, ils avaient séché les cours du matin.
— Hé mec, je savais pas que ton vieux était célèbre ?
Paul, interloqué lui répondit :
— Mais de quoi parles-tu ?
Ravi par son petit effet de surprise, il continua :
— C‘est sur « YouTube ». Si tu veux voir la vidéo, c’est un dollar en direct sur mon smartphone.
Méfiant, Paul le dévisagea avant de dire :
— C’est quoi ces conneries ?
— T’es bouché ou quoi, j’te dis que ton vieux est sur YouTube, insista Eliott sous les ricanements des autres. Bon allez, aujourd’hui, j’suis bien luné, j’te montre gratos la célébrité.
Paul visionna sur l’écran du mobile la courte vidéo où l’on voyait son père envoyer balader quelques heures plus tôt les reporters. Il quitta précipitamment la bande, quand Eliott cria furieusement :
— Dis surtout pas merci !
Paul pénétra dans le bâtiment opposé à la cantine du collège pour aller en salle d’étude où il y avait un réseau informatique équipé d’Internet. Il trouva sur un site d’information les nouvelles quotidiennes.

« Le grand Lobby HHC serait à l’origine d’une épidémie survenue récemment dans divers petits états du centre de l’Afrique afin de tester un antidote pour le commercialiser ensuite.
L’opération ainsi réalisée, aurait rapporté des millions de bénéfices sur le dos de ce que l’on pourrait qualifier de  » cobayes humains « . Les accusations portées contre le groupe sont très graves.
Le PDG de la firme, Ferguson Harris crie au complot et compte bien traîner devant les tribunaux les auteurs de ces assertions mensongères pour diffamation. En attendant, une enquête sanitaire est en cours… »

Paul connaissait peu de chose au sujet de cet étranger qui était censé être son grand-père. Hormis qu’il était brouillé définitivement avec son propre fils. Cela remontait bien avant sa naissance et ses parents en parlaient rarement.
En milieu d’après-midi, ayant fini ses cours, Paul quitta son école en avertissant ses trois amis Luc, Billy et Alex de ne pas l’attendre au ramassage du bus scolaire. Il passerait le reste de la journée à faire des recherches à la médiathèque sur la firme HHC…
Il fut tellement absorbé par ses investigations qu’il resta jusqu’à la fermeture. Or il avait loupé la dernière navette. Bon, hé bien me voilà parti pour une bonne heure de marche !
L’air était doux, mais chargé d’électricité. Le ciel devint de plus en plus noir. Un petit vent sec diffusait des odeurs florales qui chatouillant les narines, annonçait un début d’orage. Paul regardait le ciel craintivement en remontant le col de sa veste. Il n’avait prévu aucun vêtement de pluie. Le tonnerre gronda au loin quand de grosses gouttes commencèrent à tomber. Il se couvrit la tête avec son sac à dos pour se protéger, mais la pluie redoubla d’intensité. Lorsqu’il entendit derrière lui le ronronnement d’une voiture, il tendit automatiquement le pouce, en espérant que celle-ci prendrait pitié de lui. Le véhicule s’arrêta à sa hauteur. Il reconnut aussitôt son père à l’intérieur.
— Allez, monte ! Bon sang, Paul, que fais-tu seul sur la route par un temps pareil ?
Paul écartant des mèches châtaines de ses cheveux trempés, répondit :
— Salut P’pa, rudement content de te voir. Tu as une nouvelle voiture ? J’étais à la médiathèque et… j’ai raté le dernier bus.
— Non, c’est celle de Josh, enfin je t’expliquerai. C’est ballot, une chance que je passais dans le coin.
Il pleuvait énormément maintenant, à tel point que les essuie-glaces du break avaient du mal à évacuer les trombes d’eau qui s’abattaient lourdement sur le pare-brise. Mathieu monta le chauffage à fond pour que son fils n’attrape pas froid. Ce dernier lui demanda :
— Je sais que tu n’aimes pas trop en parler, mais j’ai fait des recherches sur grand-p… enfin sur Ferguson Harris. Tu pourrais m’en dire un peu plus ou cela t’ennuie… Au fait, je ne sais pas si tu es au courant, mais tu es sur YouTube. On te voit envoyer bouler des reporters.
— Ah, c’est déjà en ligne. Incroyable ! Bon, je suppose qu’aujourd’hui je n’y échapperai pas. Non, bien sûr, que veux-tu savoir exactement ?
— Pourquoi, nous ne voyons jamais heu… grand-père et grand-mère ?
Mathieu resta silencieux quelques secondes avant de poursuivre :
— Tu as raison, je crois qu’il est temps d’avoir une discussion à leur sujet. Tu es largement en âge de comprendre, tu as treize ans après tout et…
— Bientôt quatorze !
— OK, OK, dit Mathieu, amusé.
Son père lui conta ainsi sa rencontre avec sa mère et les divers déboires que cela engendra par la suite. Le choix de leur vie ici et la satisfaction de préserver sa famille du milieu, certes aisé qu’il avait quitté, mais sans regret. Il poursuivit :
— Ton grand-père est un homme froid, calculateur, sans aucune bonté d’âme. Seules ses affaires comptent et le pouvoir qu’il peut exercer sur les gens. Je ne lui pardonnerai jamais tous les affronts qu’il nous a fait subir.
— Et grand-mère ?
— Oh, on ne peut pas dire que l’instinct maternel était son truc. À part passer son temps dans les instituts de beauté ou dans les salles de Fitness… J’avais seulement plus d’affinités avec les domestiques qu’avec mes propres parents. Ce sont eux qui m’ont vraiment élevé finalement. Ils étaient d’ailleurs les seules personnes présentes de mon ancienne vie à notre mariage.
— Mais pourquoi, pourquoi ne pas accepter le choix de ta vie. Après tout, les parents devraient être satisfaits de leurs enfants si ceux-ci sont véritablement heureux et épanouis, non ?
— Tes paroles sont pleines de sagesse Paul. Et en effet, cela devrait être le cas. En ce qui nous concerne, j’imagine qu’au fond, Fergu… enfin ton grand-père n’a jamais vraiment digéré que je me passe de son approbation pour mener mon existence comme je l’entendais. Il voulait me façonner à sa manière, pour que je devienne sa réplique exacte afin de lui succéder à la seule chose qui a de l’importance à ses yeux : la pérennité de son empire.
— Il n’a jamais cherché à nous connaître Manon et moi ?
— Je suppose que nous avons été suffisamment dissuasifs en tant que parents. Tu sais Paul, j’aurais tellement aimé que ta sœur et toi puissiez connaître comme à chacun vos grands-parents. Pour l’instant, même si tu trouves nos choix plutôt radicaux, je t’assure que c’est en connaissance de cause. Au risque de te paraître dur, il n’y a rien de bon chez… ces gens-là ! Peut-être feras-tu ta propre opinion plus tard, et on en rediscutera à ce moment-là. Avec grand plaisir d’ailleurs. Mais je doute que la rédemption soit une option envisageable chez un Ferguson Harris.
— Je comprends.
— Cela dit, je suis ravi que l’on ait cette conversation. J’attends encore un peu pour en parler à Manon. Elle n’a que neuf ans. Enfin, tu peux aborder le sujet avec elle, pour préparer le terrain si toutefois elle se pose comme toi des questions sur ses origines.
— Bien sûr, tu peux compter sur moi.
— Je suis fier de toi, Paul. Tu es un garçon brillant et généreux. C’est bien ce que vous faites pour Julie. Quand rentre-t-elle de l’hôpital ?
— En principe, dans deux jours.
— Et vous l’avez terminée cette fameuse cabane fusée ? s’informa-t-il, en souriant.
— Encore juste quelques détails à fignoler, mais on est bon, oui.
— Je suis sûr que cela lui fera plaisir.
— On lui doit bien ça. Quand Alex a été victime des violences de son beau-père, Julie nous a beaucoup aidés à le soutenir, à trouver les mots justes ainsi que sa mère, Madame Thomson.
— Ce sont des personnes authentiques, renchérit son père. Tu as de la chance d’avoir des amis sur lesquels tu puisses ainsi compter. C’est une véritable richesse dont il faut avoir conscience pour l’apprécier à sa juste valeur.
La pluie s’estompa peu à peu, mais le ciel était toujours couvert. Le break s’arrêta devant leur maison et Mathieu dit à son fils qu’il devait récupérer son 4X4 chez Josh. Élodie était au courant.
— Ne m’attendez-pas, je vais tâcher de faire vite en coupant par la route forestière. C’est l’affaire d’une heure, tout au plus.
— OK P’pa, on te gardera le repas au chaud. À plus tard.
— Merci mon grand, à tout à l’heure.
Il n’était pas tout à fait dix-neuf heures, quand Mathieu repartit au volant du break.
Il ne devait plus jamais revenir.

 

 

Chapitre 5. Crop – Circles

 

 

À vingt-trois heures passées, Élodie, ne voyant toujours pas revenir son mari, essaya de le joindre. Elle tombait constamment sur sa messagerie. De plus en plus inquiète, elle décida malgré l’heure tardive d’appeler Josh. Ce dernier confirma qu’il était effectivement passé reprendre son 4×4 comme convenu, pour repartir aussitôt…
On trouva son véhicule abandonné dans les bois le lendemain matin, à proximité de la route forestière, les phares encore faiblement allumés, la porte-conducteur grande ouverte. Un chasseur trouvant le véhicule à l’aube, avait donné l’alerte.
Une chose curieuse attira l’attention des enquêteurs. Proche du 4×4, un nouveau cercle d’une symétrie parfaite avait brûlé la végétation sur un diamètre similaire à ceux découverts les jours précédents. Comme pour la disparition de Jonas Finkel, Mathieu Harris restait introuvable.
Une grande battue fut organisée. Les bois furent ratissés de long en large. Les recherches ne donnèrent rien au grand désespoir d’Élodie et de ses enfants.
N’ayant trouvé aucun corps, la police spéculait sur plusieurs pistes notamment celle d’un enlèvement, Mathieu étant issu d’une famille aisée. Cependant, aucune demande de rançon ne s’était manifestée. Alors les rumeurs allaient à nouveau bon train. La possibilité d’une fuite pour une nouvelle vie fut évoquée, avec un changement d’identité comme cela s’était déjà produit dans d’autres faits divers. Mais il était inconcevable que ce soit le cas. Mathieu considérait sa famille comme son bien le plus précieux. Jamais, il ne les aurait laissés.
D’autres hypothèses extravagantes suggérèrent carrément un enlèvement par des extraterrestres…
La disparition du fils unique de Ferguson Harris dans ces mystérieuses circonstances, alimenta les médias, en plus du scandale précédemment évoqué. Une nouvelle en chassant une autre, l’affaire non résolue s’estompa au bout d’un certain temps.
C’est ainsi que ces phénomènes de « Crop-Circles », découverts dans les bois apparurent comme une véritable énigme.

*
Trois mois passèrent.

*

Chez les Harris, l’incompréhension demeurait. Qu’était-il vraiment arrivé à Mathieu ? Était-il en danger ? Était-il surtout toujours en vie ?
En attendant, Élodie affrontait la douloureuse réalité de sa nouvelle situation. Elle devait dorénavant accepter de vivre avec cette tragique disparition. Et sans son mari, les choses se compliquèrent très vite. La banque l’avait appelée plusieurs fois au sujet des prochaines traites de la maison qu’il fallait maintenant assurer seule. L’assurance vie qu’ils avaient contractée plusieurs années auparavant ne marcherait pas, sans un justificatif de décès officiel. Or rien ne prouvait la mort de Mathieu.
Ses revenus en tant que professeur de piano, étaient loin de couvrir tous les frais du quotidien. Et les économies commencèrent à diminuer dangereusement. Élodie décida de prendre un deuxième travail en tant que serveuse au restaurant routier « Chez Sally » à l’entrée de la ville. Une majorité du personnel de la scierie venait y manger lors de la pause déjeuner.
Manon était inconsolable. Elle pleurait souvent, pensant que son père les avait abandonnés. Paul essayait tant bien que mal de faire face à ce drame qui les frappait de plein fouet. Il aidait sa mère à organiser une nouvelle vie familiale et tâchait de consoler sa sœur du mieux qu’il pouvait. Bien qu’au fond de lui-même, il fût lui aussi anéanti. Un sentiment d’incompréhension mêlé de colère l’envahissait parfois.
Un matin, au réveil, il eut même la sensation de sentir l’odeur de la fameuse omelette aux fines herbes que préparait souvent Mathieu au petit déjeuner. En l’espace d’un instant, il se crut même victime d’un cauchemar. En se précipitant dans la cuisine, il s’attendait à trouver son père jonglant avec la poêle, pour faire sauter sa spécialité culinaire dont les gestes précis assuraient à chaque fois, une galette impeccablement dorée des deux côtés. Mais au lieu de cela, la cuisine restait vide.
Il y avait toutefois un mot sur la table :

Je suis partie tôt ce matin assurer des heures supplémentaires chez Sally. Je n’ai pas d’élèves aujourd’hui. Ne m’attendez pas. Il y a tout ce qu’il faut dans le frigo. Je compte sur toi, Paul, pour t’occuper de Manon. Bonne matinée à vous mes chéris. Je vous aime.
Maman

Élodie restait forte malgré le chagrin qui l’accablait. Paul l’entendait parfois sangloter durant la nuit. Lui-même ne comprenait pas pourquoi le sort s’était abattu sur eux ainsi. Qu’avaient-ils fait de mal pour mériter un tel châtiment ? Et puis ces mystérieux cercles, à quoi correspondaient-ils ? Étaient-ils liés à la disparition de son père ?
Peu après ces étranges phénomènes, quelques reporters en quête de sensationnalisme espéraient récolter d’autres informations. Élodie avait été ferme avec eux en leur disant de les laisser définitivement tranquilles. Cependant, deux hommes habillés en costumes sombres étaient venus chez eux, leur poser des questions sur les habitudes de Mathieu. On aurait dit qu’ils sortaient tout droit d’une série télé. Courtois, ils n’avaient pas insisté face au chagrin de la famille. Et les choses en étaient restées là.
L’été succéda au printemps, accompagné habituellement de l’euphorie générale que suscitait la fin de l’année scolaire. Mais cette fois-ci, l’ambiance était plutôt morose. Malgré ces terribles événements, Paul et ses compagnons furent pourtant, durant cette période estivale plus soudés que jamais.
Luc, Billy, Alex et Julie soutinrent leur ami de la meilleure façon possible. Lui qui d’ordinaire trouvait toujours les solutions pour réconforter les autres dans les moments difficiles.

 

 *          *

En espérant que ces premiers chapitres vous plaisent, je vous retrouve la semaine prochaine pour la suite.

 

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