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Succesrama | 27 mai 2019

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PAUL HARRIS : Le Crâne de Cristal (3)

PAUL HARRIS : Le Crâne de Cristal (3)
Jean-Charles

Illustration : © Ciro Tota

 

 

 

 

Précédemment dans : « Paul Harris – Le Crâne de Cristal » (1) et (2) * Chapitres 1 à 5 *

Le monde de Paul s’écroule lorsque son père disparaît mystérieusement dans l’immense forêt de Shelton Hill.
Divers événements étranges se manifestent avec l’apparition d’autres « Crop-Circles », figures cylindriques aux diamètres impressionnants, carbonisant la végétation alentour… 

 

 

 

 

PAUL HARRIS

 

– Le Crâne de Cristal –

 

( Chapitres 6, 7 )

 

 

 

Chapitre 6. Les trois sœurs Darkeïn

 

Depuis la disparition de son père, Paul faisait d’étranges rêves. Il n’arrivait pas vraiment à définir leur sens. Tous ces délires oniriques semblaient tellement confus. Un matin, il se réveilla avec la conviction qu’il devait retourner dans la grande forêt, à l’endroit même où avait disparu Mathieu. Trouverait-il de nouveaux indices malgré le passage des policiers ? Au total, ces derniers avaient répertorié quatre cercles identiques dans les bois.
Ces histoires de « Crop-Circles » intriguaient de plus en plus Paul. Il remarqua d’ailleurs une chose plutôt bizarre. Chacun des quatre cercles découverts s’échelonnait à une distance d’environ un kilomètre des uns des autres, disposés selon les points cardinaux. En les plaçant sur la carte forestière avec leurs coordonnées exactes, ce constat devenait vraiment flagrant. Hasard ou simple coïncidence ? Paul s’interrogeait sur cette curiosité. En quête de réponses, il était conscient qu’il pouvait aussi fabuler. Quoi qu’il en soit, il décida d’en référer à ses amis.
Arrivé à la cabane, Paul leur fit part de ses réflexions. Billy fut le premier à réagir :
— Quelle signification penses-tu que cela puisse avoir ?
— Il existe certainement un lien avec la disparition de mon père. Je ne sais pas encore lequel, mais l’apparition de ces « Crop-Circles » n’est pas accidentelle.
— C’est drôle, intervint Julie, en scrutant davantage la carte. Le centre de la figure dessinée par les quatre cercles désigne le lieu de la grande cascade où vivaient les trois sœurs Darkeïn.
— Qui ça ? demanda Alex.
— Les trois sœurs Darkeïn, répéta Julie. Elles vivaient seules dans les profondeurs de la forêt, aux environs de la fameuse cascade. C’était il y a bien longtemps. Leur histoire fut une véritable tragédie.
Interloqué, Luc demanda :
— Que sont-elles devenues ?
Les quatre garçons étaient comme suspendus aux lèvres de Julie qui se lança dès lors, dans l’effroyable récit du destin funeste des trois sœurs.

Encore aujourd’hui, la grande forêt de Shelton Hill, en raison de sa densité et son aspect sauvage et ce, en dépit de son exploitation forestière, suscitait toujours autant de fascination, justifiée par les diverses légendes et histoires insolites qui l’entouraient.
À la fin du XIXe siècle, les bois étaient le territoire des sœurs Darkeïn qui vivant en autarcie, éveillaient crainte et suspicion. Personne ne savait exactement d’où elles venaient. Leur mode de vie étrange et solitaire alimentait évidemment de nombreux ragots à leurs égards. Jusqu’au jour où on les rendit responsables des mauvaises récoltes, des épidémies et autres fatalités qui s’abattaient sur le quotidien de la population locale.
Les institutions de l’époque les accusèrent de sorcellerie. Elles furent traquées et ensuite emprisonnées. Une poignée d’hommes masqués forcèrent la prison pour les immoler ensuite par le feu sur un bûcher, persuadés de mettre un terme à cette prétendue imprécation. Cependant, les incidents néfastes de la région ne s’arrêtèrent pas pour autant. Pire, ils s’accentuèrent !
En pleine révolution industrielle, on s’aperçut que la grande fabrique de textile implantée dans la région, utilisait un produit toxique pour la coloration des tissus, polluant ainsi toutes les nappes phréatiques. Les sources d’eau potable furent de ce fait, contaminées. Une enquête prouva que c’était l’usine qui était à l’origine de tous ces malheurs. La mystification et autres superstitions avaient eu raison de la crédulité de la population en brûlant trois innocentes.
Un procès retentissant défraya ainsi la chronique. La famille Edgarson, propriétaire de l’entreprise fut accusée d’être au courant depuis le début, du danger des procédures chimiques utilisées. Certains prétendaient qu’ils avaient fomenté ces histoires de sorcellerie afin d’écarter tout soupçon vis-à-vis de leur industrie florissante. Les sœurs Darkeïn et leur mode de vie atypique constituaient un bouc émissaire idéal. Mais avec leurs appuis financiers, les Edgarson échappèrent au scandale et le procès déboucha sur un non-lieu. L’usine reprit son activité comme avant, si ce n’est que les nouveaux produits étaient cette fois-ci, inoffensifs pour l’environnement.
Pourtant, quelques années plus tard, cette famille la plus riche du comté fut victime à son tour, d’une série de coups du sort qui semblait s’acharner sur elle, telle une malédiction.
Le fils aîné se tua en faisant une chute de cheval à la lisière des bois. Le cadet jouant aux cartes contracta des dettes de jeu abyssales. On retrouva son corps dans une ruelle sordide de la métropole, les mains sectionnées. La benjamine de la famille fut internée et finit sa vie en asile psychiatrique. Quant au père qui avait perdu sa femme quelques années plus tôt à la suite d’une foudroyante pneumonie, se suicida en mettant le feu au manoir, alors que son entreprise était sur le point de péricliter.
Il ne resta plus grand-chose de la splendeur des Edgarson. Tout comme pour certains notables de la ville qui trouvèrent la mort dans d’étranges circonstances : ceux-là mêmes qu’on soupçonnait à l’époque d’avoir été les principaux instigateurs du bûcher où périrent les trois sœurs. On pensa évidemment à une vengeance, mais par qui et comment ? La région avait eu son quota d’obscurantisme et de superstitions. Les choses se calmèrent ensuite.

— Ton récit est carrément flippant, dit Luc. Mais où as-tu entendu parler des sœurs Darkeïn ?
— À la médiathèque de l’hôpital, il y avait un vieil ouvrage sur l’histoire du comté dont cet épisode peu reluisant. Le livre étant publié à compte d’auteur, il n’y a rien de vraiment officiel. Mais les sœurs Darkeïn ont réellement existé, c’est certain.
— En tout cas, le coin semble propice à d’étranges phénomènes, intervint Paul. C’est la raison pour laquelle, je veux me rendre sur place. J’ai le sentiment qu’il y a quelque chose… enfin, je ne sais pas comment l’expliquer, mais…
— On t’accompagne, interrompit Billy.
— En espérant qu’on ne tombera pas sur les fantômes des défuntes, trembla Alex, sur un ton à peine angoissé.
— Ne commence pas à faire ta poule mouillée, se moqua Luc.
La petite bande fut très excitée à l’idée de monter une expédition vers ce lieu mystérieux. Ils décidèrent de partir à l’aube, dès le lendemain pour y consacrer la journée entière.
C’était le début des grandes vacances scolaires et l’alibi pour s’absenter durant un jour entier fut facile à trouver. Chacun dirait qu’il passerait la journée chez l’autre. Il s’agissait maintenant de s’organiser. Il leur fallait un minimum de matériel comme un jeu de cordes, des lampes torches, des provisions, de l’eau… Luc suggéra d’avoir aussi une fusée de détresse, au cas où. Durant les préparatifs, Julie enviait les garçons.
Son handicap l’empêchait de participer à l’aventure. Ce fut Luc qui trouva la solution afin qu’elle puisse aussi jouer un rôle dans l’excursion. Ils resteraient en liaison avec elle à l’aide d’une paire de talkies-walkies de l’armée, utilisée également par les services de police. Défectueux au départ à cause d’un choc, Luc avait réussi à les réparer. Du coup, son père fut tellement ravi de son ingéniosité, qu’il lui permit de les garder. Et puis en cas de problèmes, Julie pourrait prévenir les secours. Les cinq amis se quittèrent en se donnant rendez-vous le lendemain matin, ici même à la première heure.
En revenant chez lui, Paul fut pourtant assailli par le doute. Qu’espérait-il trouver ? De nouveaux indices ? Peut-être, au moins un signe qui lui donnerait de l’espoir ? Et si Mathieu était bel et bien parti, en les abandonnant pour refaire sa vie ailleurs ? Il secoua la tête sans s’en rendre compte, culpabilisant de penser ainsi à son père de la sorte. Il lui était certainement arrivé quelque chose de grave. Il en était absolument convaincu maintenant.
Une conviction doublée d’une intuition qui le poussaient à trouver des réponses dans cette grande et mystérieuse forêt.

 

 

Chapitre 7. Escapade en forêt

 

Au petit matin, tous se retrouvèrent comme convenu au pied de la cabane. La journée s’annonçait chaude et magnifique. Il ne manquait plus qu’Alex qui arriva encore une fois en retard, tout essoufflé. Depuis l’incident avec son ex-compagnon, sa mère le couvait plus que d’ordinaire. Sachant qu’il allait passer la journée chez Julie, elle s’était lancée dans la confection de sandwichs pour tout un régiment.
— Super, approuva Billy, nous aurons bien assez de ravitaillement avec ce que nous avions prévu.
La joyeuse petite bande arriva à l’orée de la forêt après avoir quitté le bus. L’itinéraire desservait un arrêt en rase campagne juste avant la ville. Ils empruntèrent le début de la route forestière pour se rendre vers l’endroit du « Crop-Circle » où les autorités avaient trouvé le 4X4 de Mathieu. On aurait dit que le sol avait été marqué au fer rouge. Un sentiment de tristesse envahit Paul qui resta immobile et silencieux pendant quelques instants. Il fut sorti de sa léthargie par les essais du talkie-walkie de Luc pour faire un premier bilan avec Julie. La communication grésillait légèrement, mais l’ensemble demeurait parfaitement audible. Billy déplia la carte forestière pour déterminer la direction à suivre. Ils décidèrent d’aller du côté de la grande chute d’eau où se trouvait l’ancienne demeure des sœurs Darkeïn. Pour cela, ils durent quitter la piste pour s’enfoncer dans les bois. En comparaison avec la chaleur estivale, l’air était beaucoup plus frais sous les arbres. Les quatre randonneurs respiraient un agréable parfum composé d’humus, de mousse et de résine. Ils marchèrent avec précaution, car la densité de la flore filtrait une lumière qui semblait s’étioler au fur à mesure de leur progression.
Après deux bonnes heures d’excursion laborieuse, ils arrivèrent à la chute d’eau. Et là, le spectacle fut splendide tant l’endroit semblait mirifique. On aurait dit une sorte de sanctuaire, transpercé par de multiples rayons de soleil qui sous l’effet scintillant de la grande cascade, projetaient mille feux à l’entour, comme une boule à facettes dans une discothèque. On comprenait pourquoi les Darkeïn avaient choisi de résider ici. On devinait d’ailleurs le reste d’une chaumière et d’un moulin à eau, raboté par le temps, ressemblant à une ruine d’un autre âge. Un petit pont de bois et de pierres permettait d’accéder à l’édifice, mais vu l’état désuet de la construction, il valait mieux éviter d’y mettre les pieds.
Le groupe fit une pause déjeuner dans ce lieu solennel, bercé par le grondement de la cascade. C’est la raison pour laquelle, ils ne l’entendirent pas venir, malgré sa lourde et terrifiante démarche. Alex, dos à la forêt, assis sur une sorte de rocher rectangulaire, surplombait ces trois amis. Il distribuait à chacun les sandwichs que sa mère avait préparés, lorsqu’il remarqua subitement la mine décomposée de ses compagnons.
— Ben quoi, les gars, vous ne les aimez pas ?
— Der… derrière toi… y’a… y’a… un ours ! dit Billy, en tremblotant.
— Ah, ah, bien essayé ! À voir vos tronches, j’y ai presque cru.
— Mais c’est vrai, insista Billy, d’une voix étranglée.
Luc et Paul étaient figés comme des statues, incapables de bouger. Quand Alex se retourna, sentant une présence derrière lui, il se retrouva quasiment face à l’animal qui pour l’occasion se mit debout sur ses pattes arrières en beuglant, la gueule béante, projetant des filets de salive.
Les yeux exorbités, le garçon lâcha son sandwich et s’éjecta du haut de son perchoir pour atterrir sur ses amis. Déséquilibrés par son élan, ils roulèrent tous dans le talus en contrebas. Le répit provoqué par le « saumon beurre salade » que l’ours engloutit en un rien de temps fut de courte durée. Reniflant leurs affaires, il découvrit le reste du casse-croûte des intrus. Ce qui leur donna une petite avance. Cependant, le plantigrade ne comptait pas en rester à ce hors-d’œuvre et se mit ensuite à les poursuivre.
Ils coururent vers le pont pour se cacher dans les ruines du moulin à eau. Seulement, Billy glissa sur de la mousse et tomba. Les autres avaient déjà traversé la moitié de la passerelle quand celle-ci céda sous le poids de leur passage.
La première partie de la construction s’écroula comme un château de cartes. Aussi, il fut trop tard lorsque Luc s’aperçut qu’ils n’étaient que trois. Ils virent avec stupeur que le terrifiant maître des lieux était sur les talons de leur ami, resté sur le sentier, étalé sur le sol.
Cette fois-ci, Paul réagit immédiatement. Il prit de l’élan et sauta à l’aide d’une perche, qui dépassait de l’amas de bouts de bois qui venait de s’effondrer. Cela lui permit de se retrouver de l’autre côté. Il faillit tomber à l’eau, mais sut se rattraper à temps, en s’égratignant toutefois les mains lors de sa réception. Il arracha au passage une lance de fortune et sprinta vers le grizzly menaçant qui se trouvait maintenant juste au-dessus de Billy.
Animé par le courage mêlé à de l’inconscience, Paul aguicha l’animal sauvage avec son bâton, le temps que son acolyte se mette à l’abri. Mais en vain, le mastodonte brisa d’un violent coup de patte la lance du garçon qui plongea à terre pour esquiver une autre offensive.
Avec une rapidité qui le surprit lui-même, il glissa entre les pattes de l’animal pour se retrouver derrière lui. Il ramassa quelques pierres et visa sa tête afin de détourner son attention de Billy.
Paul remonta ensuite la pente comme un bolide. Il sentait que l’ours, furibond d’avoir été ainsi floué le poursuivait. En passant devant les sacs, le talkie-walkie grésillait de la voix de Julie qui était à cent lieues de se douter de ce qui se tramait. Paul récupéra au passage la fusée de détresse dans les affaires de Luc qui étaient éparpillées par terre. Il continua sa folle course pour échapper à l’animal sauvage. Il monta sur un petit monticule qui débouchant sur un plateau en pierre arrondie, s’avéra être un cul-de-sac.
Il était pris au piège.
Quand le grizzly arriva face à lui, il se mit à grogner férocement en déchirant l’air de ses longues griffes, afin d’intimider sa proie, avant de charger. Le cœur de Paul battait la chamade.
Il prit son courage à deux mains et attendit que son assaillant se rapproche pour allumer la fusée au dernier moment. Il tira d’un coup sec et une longue étincelle rouge jaillit du tube. Ébloui, l’ours se contorsionna pour se protéger, puis recula.
Paul profita de cette diversion pour le contourner et s’échapper, mais le sol de pierre se déroba brusquement sous ses pieds. Le garçon tomba dans un immense trou noir, en même temps que l’animal sauvage. Billy apparut quelque instant plus tard au bord du gouffre et hurla :
« Paul, Paul, Pauuuuul ! »

*

De leur côté, Luc et Alex réussirent tant bien que mal à descendre du monticule du pont détruit pour rejoindre le sentier. Ils remontèrent en courant le talus où ils aperçurent Billy en sanglot. Ce dernier leur raconta la scène puis la chute de leur ami. Luc proposa d’appeler les secours par l’intermédiaire de Julie avec le talkie-walkie. Mais ils s’aperçurent avec stupeur que l’appareil avait été endommagé par les piétinements de l’ours. Ils étaient définitivement seuls, faisant face à une situation qui les dépassait complètement.
Chez les Thomson, Julie s’inquiétait. Cela faisait maintenant beaucoup trop longtemps qu’elle n’avait plus de nouvelles, alors qu’il était convenu d’établir une communication environ toutes les heures. Or la dernière remontait maintenant à plus de trois. Devait-elle prévenir sa mère de la situation ? Elle ne voulait pourtant pas céder à la panique afin de ne pas prendre une décision trop hâtive qui trahirait ses amis. Mais… et s’ils étaient réellement en danger ?

*

Paul se releva doucement sur un sol sablonneux. Apparemment, il n’avait rien de cassé. Par un extraordinaire concours de circonstances, sa chute avait été amortie par le corps de l’ours qui gisait plus loin. L’animal semblait avoir eu moins de chance, il ne bougeait plus. La fusée éclairante dont le scintillement s’amenuisait de plus en plus, avant de s’éteindre complètement, lui indiqua une sorte de grande salle aux parois rocailleuses. Encore engourdi par ces péripéties, il leva la tête pour évaluer la hauteur de la cavité. Il estima qu’il devait y avoir sept à neuf mètres. De ce fait, il entendit des voix au-dessus de lui et cria de toutes ses forces :
— Hé ho ! Billy, Luc, Alex, je suis là, tout va bien !
Les autres furent soulagés de l’entendre. Luc alla vite chercher le jeu de cordes pour sortir leur ami de là. Malheureusement, elle était trop courte d’au moins deux mètres. Paul sauta plusieurs fois pour l’attraper, mais ne réussit pas à s’agripper à cause de ses mains égratignées qui lui faisaient mal. Il déchira une partie de son t-shirt pour emmitoufler de tissu ses paumes contusionnées et parvint enfin à la choper. Ses amis commencèrent à le hisser quand Paul vit un drôle de reflet dans un coin de la salle, juste derrière l’animal.
— Attendez les gars, j’aperçois quelque chose. Il lâcha le lien pour se retrouver à nouveau sur le sol sablonneux.
— Hé mais, qu’est-ce que tu fais ? cria Alex, encouragé par la consternation des autres.
Paul s’approcha doucement, guidé par cet halo de lumière qui perçait l’obscurité. En tombant, le poids du grizzly avait fracassé une partie d’un autel taillé dans la roche d’où s’échappait cette curieuse lueur. Le garçon s’agenouilla près de l’objet et il s’aperçut que c’était un morceau de cristal qui une fois complètement déterré représentait la réplique d’un crâne humain d’une beauté éblouissante. Il était fasciné par les reflets du peu de lumière qu’il renvoyait.
Son attention se porta tout d’un coup sur l’ours qui bougea légèrement en émettant un son rauque. Il n’était pas mort, seulement sonné.
Paul demanda à ses amis de lui lancer un sac à dos. Il mit le crâne à l’intérieur, se précipita sur la corde pour se hisser à nouveau afin de s’échapper de la fosse. L’animal sauvage derrière lui grogna faiblement, sans doute en train de recouvrer ses esprits.
Les trois compagnons tirèrent leur ami de toute leur force pour le ramener à la lumière du jour. Billy le prit immédiatement dans ses bras.
— Oh bon sang, Paul, sans ton intervention, je crois que je ne serais plus de ce monde.
— Arrête, tu vas l’étouffer, dit Alex, soulagé aussi de le voir sain et sauf.
Luc interrompit leurs effusions en prétextant qu’il fallait penser au retour avant que la nuit tombe. Soudain, ils entendirent le râle de l’ours resté prisonnier en bas. Ses lamentations le rendirent vraiment touchant, faisant presque oublier sa férocité. Paul se sentit mal à l’aise.
— Si on le laisse comme ça, cette cavité sera son tombeau.
— Attends, protesta Billy, il a failli nous tuer. Il a ce qu’il mérite.
— Que veux-tu faire exactement, le remonter avec la corde ? ironisa Luc.
Alors qu’ils commençaient à rassembler leurs affaires pour partir, ils aperçurent deux oursons qui s’approchaient timidement au bord du précipice, à l’autre extrémité du gouffre.
— On ne peut pas partir sans rien tenter, insista Paul. Ici, c’est son territoire et elle protégeait ses petits. On ne peut pas lui en vouloir.
Pendant que les autres se regardèrent, interloqués, il scruta les environs et son regard se fixa sur un arbre à moitié déraciné par l’écroulement de la plateforme en pierre d’où il était tombé.
— Si on arrive à faire basculer cet arbre dans le trou, il pourra remonter à la surface.
— T’as vu l’épaisseur du tronc ? remarqua Alex.
— Justement, en l’attachant avec la corde pour tirer dessus tous ensemble, je suis certain qu’on peut le faire basculer. Son poids associé à la loi de la gravitation fera le reste.
— OK, Newton, allons-y ! sourit Luc.
Ils se hâtèrent finalement d’exécuter ce plan. Paul grimpa avec facilité dans l’arbre, étant déjà très incliné. D’ailleurs, à peine eut-il fini d’attacher la corde autour du végétal, que celui-ci s’affaissa davantage. Il se dépêcha d’en descendre afin de ne pas tomber à nouveau. Les garçons tendirent la corde au maximum et tirèrent de toute leur force pour le déraciner complètement. Un grand craquement se fit entendre et l’arbre bascula en partie dans la profondeur de la fosse. L’animal avait ainsi une chance de pouvoir s’extirper de là.
— Bon, partons vite d’ici, s’empressa de dire Billy, inutile d’attendre des remerciements. On a fait notre bonne action de la journée.
Les autres ne le contredirent pas et ils partirent aux pas de course sur le chemin du retour. Ils leur restaient encore deux bonnes heures de marche avant de retrouver la route forestière. Or le jour commençait à décliner légèrement. D’autant qu’une demi-journée passée sans nouvelle, Julie devait être morte d’inquiétude. Ils s’empressèrent donc de quitter le territoire des sœurs Darkeïn, sans se douter qu’une étrange silhouette les avait observés durant tout ce temps, camouflée dans les hauteurs de la cascade…

*

Les quatre amis arrivèrent à la cabane avant que le crépuscule ne tombe. Aussitôt sortie de la forêt, la bande avait eu la chance d’être prise en stop par un camion forestier.
Lorsqu’ils racontèrent leurs mésaventures à Julie, elle les écouta bouche bée, sans les interrompre. Mais le clou du spectacle fut la contemplation de la trouvaille de Paul. Cette relique insolite, apparemment en cristal, réplique exacte d’un crâne humain, était d’une beauté inouïe. Réfléchissant la moindre source lumineuse, il émanait une énergie bienveillante qui semblait roborative, rien qu’en la fixant.
Le groupe était vraiment fasciné par cet étrange objet. D’où provenait-il ? Comment avait-il été conçu et par qui ? Autant de mystères qui les stupéfiaient. Ils surent immédiatement qu’il devait avoir une valeur inestimable. Aussi, décidèrent-ils de le dissimuler dans leur abri, en attendant d’effectuer des recherches précises à son sujet.
La journée avait décidément été riche en péripéties. Chacun devait retourner maintenant chez lui, avant que leur famille respective ne s’inquiète.
Paul se dépêcha de rentrer, car demain, il devait aider sa mère à préparer la journée commémorative en l’honneur de son père disparu.

 

*         *

 

Rendez-vous la semaine prochaine pour les chapitres 8 et 9.  🙂

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