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Succesrama | 18 juillet 2019

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PAUL HARRIS : Le Crâne de Cristal (4)

PAUL HARRIS : Le Crâne de Cristal (4)
Jean-Charles

Illustration : © Ciro Tota

 

 

 

 

 

PAUL HARRIS

 

– Le Crâne de Cristal –

 

( Chapitres 8, 9 )

 

 

Chapitre 8. Coup bas

 

Environ cinq mois après la disparition de Mathieu, tous les amis proches des Harris, dont Emma Thomson en tête – la mère de Julie qui fut un soutien moral très précieux pour Élodie – répondirent à leur invitation. Pour remercier toutes les personnes qui les avaient aidées et réconfortées, Élodie organisa chez eux, une commémoration afin de rendre un dernier hommage à la mémoire de son mari.
Courageuse, elle accepta en quelque sorte son deuil, malgré l’énigme qui entourait sa disparition. Le fait de ne pas savoir était ce qu’il y avait de plus difficile à accepter. Naturellement, rien ne prouvait son décès. Pourtant, au plus profond d’elle-même, Élodie savait que son époux ne reviendrait jamais. C’était comme s’il avait disparu de la surface de la terre.
Dès leur première rencontre, il y avait eu cette connexion entre eux, une alchimie forte et magique. Or elle ne sentait plus cette proximité. C’est pourquoi elle décida de lâcher prise, d’accepter cette réalité, même si son chagrin perdurait comme une marque indélébile.
Élodie voulait aller de l’avant, pour protéger ses enfants afin qu’ils se souviennent combien ils avaient été une famille heureuse et unie, avant ce drame. Peut-être qu’un jour, elle aurait des réponses, mais en attendant, ils devaient continuer à vivre du mieux qu’ils pouvaient, et admettre l’instant présent pour préparer l’avenir.
Elle était persuadée que c’est ce qu’aurait fait Mathieu dans des circonstances similaires.

*

C’était un magnifique samedi après-midi d’août, avec un ciel bleu azur sans aucun nuage à l’horizon.
Élodie avait préparé un buffet froid sur une grande table qu’elle avait installée à l’entrée du jardin, derrière la maison. Chaque invité avait également amené un plat. Ce qui fait que la desserte fut très vite remplie de diverses victuailles.
Un petit autel avait été improvisé par les soins de Paul où une grande photographie encadrée représentait la famille au complet. Manon était sur les épaules de son père qui enlaçait sa femme, alors que Paul était devant eux, un genou à terre, arborant un large sourire, l’autre main de Mathieu sur son épaule droite.
L’ambiance au début solennelle se décrispa petit à petit. On se rappelait tout le bien que le défunt avait apporté à Shelton Hill avec la création du Parc. Même le maire était venu faire une apparition. Sa visite de courtoisie fut remise en question par certains qui doutaient de son altruisme, les prochaines élections étant proches. Cela dit, Élodie avait apprécié ce geste. Après tout, Mathieu avait énormément contribué à l’économie florissante du comté.
Pour une commémoration, l’atmosphère était dans l’ensemble très conviviale, aussi personne ne vit arriver la grosse berline noire qui se gara doucement devant la maison. Un chauffeur à la carrure impressionnante avec casquette et gants s’extirpa de la voiture pour ouvrir la porte latérale droite du véhicule. Trois personnes en sortirent. Le premier était un homme grand, mince, au brushing grisonnant. D’allure très austère, il portait un costume léger en flanelle noire. Il était accompagné d’une femme environ du même âge, avec de longs cheveux blonds décolorés, vêtue d’une robe noire, fendue sur le côté. Son visage était dissimulé par des lunettes de soleil qui accentuaient son air altier. Un dernier homme en complet sombre, fermant la marche, tenait un attaché-case dans sa main droite.
Lorsque Élodie les vit arriver dans son champ de vision, elle se dit qu’il ne manquait plus que le quatrième cavalier de l’Apocalypse pour compléter le tableau. Car une chose était sûre, la visite inopinée de Ferguson et Cécilia Harris n’augurait rien de bon.
— Bonjour, Élodie, je vois que vous prenez plutôt bien la disparition de mon fils. L’effet dévastateur du chagrin sans doute, dit l’homme, en jetant un regard froid autour de lui.
— Ferguson… Cécilia, qu’est-ce qui me vaut l’honneur de votre visite ? Vous savez pourtant que vous n’êtes pas les bienvenus, répliqua fermement la maîtresse des lieux.
Pour une femme proche de la soixantaine, adepte du lifting en matière de chirurgie esthétique, Cécilia possédait encore un certain charme. Elle avait enlevé ses lunettes de soleil et dévisageait Élodie sans vergogne. Elle jugeait déplacée la tenue de sa belle fille qui portait pour l’occasion un tee-shirt et un short en jean délavé. Malgré cette façon décontractée et sans artifice de se vêtir, la beauté d’Élodie faisait preuve d’une élégance naturelle, qu’au fond Cécilia devait lui envier.
— Disons que je me soucie de l’avenir de mes petits-enfants, répondit posément Ferguson.
— Oh, quelle soudaine bonté d’âme, ironisa-t-elle. Ils se sont passés de vous jusqu’à maintenant et cela continuera certainement ainsi.
— Bon, inutile de s’encombrer avec les politesses d’usage. J’irai droit au but. La banque m’a contacté. Vous n’êtes plus solvable ou en tout cas, ce n’est plus qu’une question de temps. Votre maison risque bientôt d’être hypothéquée. Voici ma proposition : je règle votre ardoise, vous gardez vos biens, mais en contrepartie, je gère l’éducation de Paul et Manon.
— Ah, nous y voilà ! Sachez que mes enfants ne sont pas à vendre. Vous n’avez pas réussi à formater Mathieu, vous ne les manipulerez pas eux non plus.
— Allons, allons, évitez de compliquer les choses. Ne laissez pas votre égoïsme gâcher leur vie. Et puis je crains que vous n’ayez plus vraiment le choix.
— Que voulez-vous dire ?
— J’ai constitué un dossier à pourvoir devant les tribunaux, qui prouve que vous n’êtes plus capable d’élever vos enfants convenablement. En résumé, j’ai demandé d’avoir la mise sous tutelle de Paul et Manon. Et aux vues de vos déboires financiers, un juge n’aura aucune difficulté à valider ma requête.
Le visage d’Élodie se décomposa. Le sol semblait se dérober sous ses pieds. Elle s’attendait à toutes sortes de coups fourrés de la part de sa belle-famille, excepté celui-ci.
— Vous bluffez, vous n’avez pas le droit, dit-elle déconcertée.
L’homme à la mallette s’approcha et sortit un document officiel et le lui tendit. Élodie hésita à le prendre comme si elle craignait de se brûler les doigts.
— Vous voulez parier ? affirma le plus sérieusement du monde, Ferguson, à peine satisfait de son effet.
Au même moment, Paul descendait les escaliers qui menaient aux chambres, avec un livre d’astronomie qu’il tendit à Julie, sans la regarder. Son attention se focalisa ailleurs. Il continua doucement droit devant lui. Alex, Luc, et Billy qui entouraient le fauteuil roulant de leur amie, ne tardèrent pas à comprendre le comportement singulier de leur camarade. Il arriva vers sa mère qu’il trouva d’une pâleur inhabituelle :
— Maman, ça va ?
— Bonjour, Paul, je suis ton gr…
— Je sais qui vous êtes, coupa sèchement Paul. Mon père m’a parlé de vous. Et je lis également la presse.
Le jeune garçon le dévisageait. Ses yeux clairs défiaient ceux quasiment identiques de ce soi-disant grand-père.
— Je vois, mais je suis sûr que nous aurons tout le loisir de nous apprivoiser bientôt mutuellement.
— J’en doute, continua Paul, d’un ton hostile.
— Tu sembles avoir du caractère, du tempérament. C’est bien, tu as hérité du côté des Harris. C’est très encourageant.
Craintive, Manon arriva derrière eux, pour se placer entre son frère et sa mère. Elle demanda d’une voix fluette et timide, qui était ces gens si sérieux. Cécilia parla à son tour :
— Nous sommes tes grands-parents, Manon. Et vous, ma chère, s’adressant à Élodie, d’une intonation méprisante, si vous ne daignez pas être habillée correctement en l’honneur de la commémoration de mon fils, vous auriez au moins pu faire un effort pour les tenues vestimentaires des enfants. Nous remédierons de toute façon à cela très bientôt.
C’est vrai que le jean de Paul était troué au genou et ses baskets, partiellement usées. Quant à la salopette de Manon, elle n’avait effectivement rien d’une petite robe d’été pour fillette de bonne famille. Excédée, Élodie perdit très vite son calme :
— Mais pour qui vous prenez-vous ? Vous croyez que l’affection que vous n’avez jamais été capables de donner à Mathieu s’achète ? Partez d’ici et ne revenez plus jamais. Sortez de ma maison, hurla-t-elle. Sortez immédiatement !
— Que vous le vouliez ou non, nous sommes amenés à nous revoir, conclut Ferguson, avant de partir.
Il fit un signe de la main en tournant les talons. Sa femme ainsi que l’homme à la mallette lui emboîtèrent le pas. Les autres invités observèrent la scène sans savoir exactement de quoi il retournait. Lorsque Paul rejoignit ses camarades, Luc devina :
— C’était tes grands-parents, n’est-ce pas ?
— Oui, et je ne sais pas ce qu’ils mijotent, mais vu l’état dans lequel est ma mère, je ne pense pas que c’était pour évoquer la mémoire de mon père.
Élodie était dans tous ses états. Elle tremblait légèrement. Le passage des Harris avait jeté un froid. L’onde de choc avait fait fuir les autres invités qui partirent en petits comités. Il ne resta plus qu’Emma Thomson qui lorsqu’elle ramassa les documents de Ferguson Harris tombés au sol, comprit immédiatement la raison de son désarroi. Élodie murmurait : « Ils ne prendront pas mes enfants, ils n’ont pas le droit. »
— Prenez quelques jours, dit doucement Emma, partez dans votre famille ou chez des amis, reposez-vous, prenez du recul, nous trouverons une solution. Nous consulterons une aide juridique. Ils sont certainement puissants à leur façon, mais il y a des lois. Ils ne peuvent pas agir comme cela, en toute impunité, faire comme si elles n’existaient pas.
— On voit que vous ne les avez pas côtoyés, soupira la jeune femme. Le clan Harris avec tous ses appuis est redoutable. Mais je me battrai, ils ne prendront pas mes enfants, déclara-t-elle, déterminée.
JAMAIS !

 

 

Chapitre 9. Guet – Apens

 

Au même moment, quelque part sur une petite route perdue de l’Arizona…

Peter Vanderbrown, courtier en assurance, roulait sur une route isolée depuis déjà un bon moment. Il regrettait d’avoir pris ce raccourci au dernier croisement, pensant rejoindre les grands axes au plus vite. Il réalisa qu’il s’était bel et bien perdu lorsqu’il sentit un choc sous sa voiture. Il fit encore quelques mètres avant de s’arrêter. Le pneu avant gauche de sa Ford avait éclaté. En scrutant les environs, Peter constata qu’il était définitivement loin de toute civilisation. Déboussolé, son GPS ne donnait aucune indication géographique précise. Mais ce qui l’inquiétait davantage fut que son smartphone n’affichait pas de réseau. Bon sang, mais où est-ce que je suis ? Finalement, il abandonna son véhicule pour poursuivre la route à pied.
Cela faisait un peu plus d’une heure qu’il marchait et n’avait croisé aucune voiture. Malgré un soleil déclinant, il faisait encore très chaud en cette fin d’après-midi estival. Peter s’épongea le front avec son mouchoir, en constatant qu’il n’y avait décidément, pas une seule âme qui vive aux alentours. La nature reprenait ses droits, là où l’activité humaine était absente.
La panique et la fatigue commencèrent à gagner le courtier, lorsqu’il aperçut sur la gauche, un vieux panneau rouillé, indiquant une vieille casse. Elle devait certainement être abandonnée, mais peut-être trouverait-il du matériel, ou encore mieux, une aide providentielle ? Car Peter remarqua des traces fraîches, laissées certainement par des motos. Ces signes de passages récents l’encourageaient à prendre le sentier, constitué de boue et de gravillons. Dans ces régions reculées, les gens sont souvent de bons mécanos. Il sourit à cette idée en pensant que la chance tournait peut-être enfin en sa faveur.
Au fur à mesure de sa progression, l’endroit paraissait de plus en plus sinistre. Quelques épaves éparpillées jalonnaient la piste, prisonnières dans un barbelé de broussailles hirsutes, qui finissait d’alimenter un décor digne d’un film d’épouvante. Soudain, Peter crut voir comme une puissante lueur au-delà du chemin. Il gravit un petit talus quelques mètres plus loin pour apercevoir enfin l’entrée de la casse. Les empreintes de pneu se dirigeaient droit dedans. Il franchit un impressionnant portail métallique, oxydé de part et d’autre, grand ouvert.
Dans ce lieu sordide, des tours entières étaient constituées de vieilles carcasses rouillées de véhicules en tout genre et de divers modèles, toutes époques confondues. Désaffecté depuis longtemps, on aurait dit que cet environnement faisait partie d’un autre monde tant la disparité des objets abandonnés était multiple. Il remarqua aussi sur sa gauche une sorte de grande plateforme en pierres sombres circulaires de plusieurs mètres de circonférence, dont les signes cabalistiques, incrustés dans différents cercles à même le sol, piquèrent sa curiosité. Quels étranges symboles !
Contournant ensuite d’autres bâtiments d’épaves, le visiteur déboucha sur une place plus dégagée, avec en son centre un genre de hangar lugubre où d’étranges éclairs s’échappaient par moment de l’entrée. À l’intérieur, des bruits caverneux de moteurs crachotaient, semblables à d’insupportables lamentations. À l’écoute de ce son infernal, Peter hésita à faire demi-tour. Toutefois, sans aide, il ne voyait pas comment sa situation pouvait s’améliorer. Dans un élan d’optimisme, il se dit qu’après tout, ces mécaniciens providentiels l’aideraient certainement à réparer sa Ford. Entré dans l’atelier, il déchanta très vite puisqu’il était parvenu au seuil de l’enfer. Une horde de créatures abominables aux faciès reptiliens, bricolant de vieilles motos spectrales le dévisageaient, cessant toute activité.
Un long silence mortuaire en découla. La porte du hangar se referma illico derrière lui dans un couinement aigu. Devant, à contre-jour, une créature du même gabarit que ses homologues méphistophéliques lui barrait le passage, en le fixant de ses yeux rouges aux iris jaunes, dont la lueur évoquait sans équivoque, celle d’un redoutable prédateur.
Face à cette vision cauchemardesque, Peter se liquéfia sur place, tétanisé par la peur. Ses hurlements troublèrent à peine ce lieu perdu, peuplé d’ombres maléfiques.

*

Région du Nevada, quelques jours plus tard, dans une station-service, en milieu d’après-midi

Marcus était étudiant en chimie. Durant les vacances d’été, il travaillait dans une station-service qui appartenait à son oncle. C’était le dernier point de ravitaillement de l’unique route principale avant de traverser le désert. Isolé et loin de tout, ce job lui permettait surtout de payer une partie des frais de sa scolarité.
Il alimentait machinalement son rayon avec des paquets de chips, en écartant ceux dont la date de péremption était dépassée. Lorsqu’il entendit dehors, un étrange crachotement de plusieurs moteurs qui s’apparentait à celui de motos. Il se hâta de vider son carton de marchandises pour accueillir les rares clients qui étaient de passage. Au même moment, un des motards entrait dans la boutique.
— Bonjour, m’sieur.
Marcus eut subitement un sentiment de malaise lorsqu’il lui fit face. L’homme, impassible, déposa quelques billets froissés sur le comptoir, sans dire un mot avant de tourner les talons pour rejoindre ses acolytes qui faisaient le plein de leurs engins. Il était enveloppé dans une grande gabardine noire, aussi poussiéreuse que ses gros godillots et sa tête coiffée d’un épais bandana grisâtre, lui enveloppait tout le haut du crâne. De larges lunettes surannées d’aviateur aux verres teintés lui couvraient une bonne partie du visage. Le reste de son faciès ressemblait à de l’argile légèrement craquelée, un peu comme des écailles.
— M’sieur, bafouilla Marcus, vot’ monnaie ?
L’homme agita en l’air sa main gantée d’un coup sec avant de sortir. L’employé observait à travers la vitrine de sa boutique, les cinq motards quasiment identiques. Ils dégageaient une aura vraiment malsaine. Mais d’où sortent-ils ces mecs-là ? Du Mordor ?
Tandis qu’ils démarraient leurs engins, Marcus essaya de reconnaître la marque de leurs motos, mais en vain. Elles étaient à l’image de leurs propriétaires : ternes et spectrales.

*

À quelques kilomètres de la station-service, un homme assis en tailleur, au bord d’une grande chute d’eau, méditait. L’endroit s’y prêtait à merveille tant le calme et la sérénité y régnaient.
Il surplombait un magnifique panoramique, avec un petit lac, entouré de montagnes dont on pouvait apercevoir au loin les cimes enneigées. Ce qui affichait un contraste saisissant avec le début de la zone désertique, à l’autre extrémité du paysage. Haut dans le ciel, un aigle royal planait majestueusement comme un seigneur surveillant son royaume. L’écho de son cri se perdait à l’horizon. Il interpella pourtant ce curieux personnage.
Avec son teint hâlé et son visage imberbe, l’individu arborait une impressionnante chevelure noire de jais qui lui recouvrait l’ensemble du dos. Cette particularité physique lui donnait l’aspect d’un personnage de manga, l’archétype des célèbres bandes dessinées nippones. Les yeux fermés, il inspirait et expirait en parfaite quiétude. Moment de douce accalmie qui n’allait pas tarder à être perturbé.
Les cinq individus spectraux ayant fait halte à la station-service, firent irruption à l’endroit même, où se trouvait un instant plus tôt, l’homme aux longs cheveux. Ce dernier se douta bien qu’il ne s’agissait nullement d’une simple visite de courtoisie. Les terrifiants personnages belliqueux l’encerclèrent avant de passer à l’offensive.
Il s’ensuivit un terrible combat. L’homme brun à l’aide d’un long bâton, aux extrémités acérées, en envoya deux directement dans le précipice. Sa maîtrise de l’espace et ses coups précis contre ses adversaires indiquaient un talent particulier pour les arts martiaux. Seulement, les trois autres qui s’acharnaient férocement contre lui ne le ménagèrent pas pour autant.
L’un d’eux le frappa à la poitrine, alors que la lame d’un autre siffla au-dessus de sa tête. Il perdit l’équilibre en esquivant de justesse l’assaut meurtrier. Il roula sur le sol en évitant les tentatives de ses ennemis pour l’embrocher. Quant à l’oiseau de proie, il fondit sur l’une des créatures en lui arrachant ses lunettes de protection. Les individus se révélaient d’une apparence monstrueuse. Ils n’avaient rien d’humain.
Leurs yeux rouges, sertis d’iris jaunes leur donnaient un effroyable aspect démoniaque. Ils semblaient issus d’un croisement entre le lézard et l’iguane. Le chef de la meute cracha un jet de fluide, semblable à du venin que sa victime évita au dernier moment. L’homme transperça en retour sa gorge avec la pointe affûtée de son arme et planta l’autre extrémité dans la poitrine de son acolyte.
Le cinquième prit la fuite, mais d’après ses cris, les serres meurtrières de l’aigle n’étaient guère plus clémentes.
Les cadavres qui jonchaient le sol se transformèrent peu de temps après en un tas de cendres, aussitôt éparpillé par le vent. Le combattant reprenant son souffle, inflexible jusqu’à présent, paraissait inquiet :
— Des « Lézians »… ici ?! Comment est-ce possible ?
Il ne le vit pas immédiatement. Mais celui qui avait survécu à sa chute, en s’accrochant quelque instant plus tôt à une vieille racine, l’attaqua par surprise et lui envoya un jet de venin au visage. Dans un ultime réflexe, l’homme esquiva le fluide corrosif, mais celui-ci atteignit son avant-bras. Le Lézian comptait profiter de ce moment de faiblesse pour porter une nouvelle attaque. Il hurla de douleur lorsque l’immense rapace, en guise de riposte, lui arracha les yeux. Aveuglé et gesticulant, il s’écrasa sur les rochers en contrebas.
L’homme se précipita vers la cascade, puis y plongea son bras pour atténuer la douleur. Il traversa ensuite l’épais rideau d’eau pour aboutir à l’intérieur d’une cavité rocheuse.
Il pénétra dans une grotte faiblement éclairée par une torche vacillante, dont l’extrémité débouchait sur un cul-de-sac circulaire. Au milieu d’un sol en pierre, plusieurs cercles étaient emboîtés les uns dans les autres avec à l’intérieur, une graduation composée de signes cabalistiques.
L’homme se plaça au centre de la figure. L’aigle majestueux aperçu plus tôt durant le combat, le rejoignit, secouant son plumage pour chasser l’humidité.
Ensuite, les anneaux ainsi marqués commencèrent à tourner de manière totalement autonome. Puis, un dôme de lumière d’une grande intensité se forma et les enveloppa complètement.
Cette demi-sphère lumineuse disparut avec eux, comme par magie, laissant la grotte plongée dans l’obscurité.
Cet étrange phénomène se nommait un « Téléportant ». Il permettait à celui qui le maîtrisait, d’accéder à un autre univers parallèle, en l’occurrence, dans ce cas précis : « l’Univers d’Askoba ».

 

 

*          *

 

Rendez-vous la semaine prochaine pour les deux derniers chapitres.

 

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