Image Image Image Image Image Image Image Image Image Image

Succesrama | December 18, 2017

Scroll to top

Top

14 Comments

Ratan Tata ou l’industriel numéro 1 au pays des Maharajahs

Ratan Tata ou l’industriel numéro 1 au pays des Maharajahs
Jean-Charles

 

Qui est Ratan Tata?

Un P-DG discret et timide qui se transformera en manager de choc pour diriger le principal empire industriel indien : Tata.

En Inde, le groupe Tata est partout.

Il se confond avec l’identité de la nation.

De l’informatique à l’hôtellerie, de la finance à l’automobile, on mange, on s’habille, on consomme Tata.

De part sa naissance, ses études ou encore le régime obsolète d’une Inde toujours régit par les rîtes d’anciennes castes, qui plombent son économie, rien ne destinait cet homme à mener le parcours qui est le sien.

Or Ratan Tata est parvenu à moderniser le premier groupe industriel indien, alors que de nombreux experts le disaient déjà mort et enterré face à la mondialisation.

Pourtant, c’est exactement le contraire qui s’est produit.

Voici comment.

 

Les origines

 

La saga remonte à 1859.

Les Tata se lancent dans le tissage industriel du coton et inaugure ensuite en 1907 une aciérie qui emploie plus de 40 000 ouvriers.

Au fur à mesure, le groupe évolue sur diverses autres activités dont Tata Aviation Service qui deviendra en 1953 la grande compagnie nationalisée Air India.

À sa tête, le légendaire Jehangir Ratanji Dadabhai (JRD) qui a 86 ans, décide qu’il est temps de trouver un successeur pour pérenniser son empire.

Il choisit Ratan, qui à l’époque suit des études d’architecture à l’université Cornell aux États-Unis. Il n’a d’ailleurs plus aucun contact avec le clan familial.

C’est aussi la raison pour laquelle, ce choix est contesté, car Ratan n’est que le descendant d’un fils adoptif du fondateur.

Élevé par sa grand-mère qui lui inculque les valeurs du pays, Ratan prends donc la suite de JRD à partir de 1991.

Cette opportunité ressemble cependant plus à un cadeau empoisonné.

La division Tata Motors vient d’afficher une perte abyssale et fragilise de ce fait toute l’entreprise.

Et le contexte économique du pays n’est guère plus brillant.

 

Le grand ménage

 

Depuis son indépendance, L’Inde adopte une politique de protectionniste équivalent à l’ancien régime soviétique.

C’est l’état qui fixe la production des entreprises et le gouvernement ferme ses frontières aux importations pour empêcher toute concurrence.

Habitué à cette protection, le conglomérat Tata s’est développé au gré des licences de production accordées par New Delhi.

Il comprend 300 filiales, dont la compétitivité est le dernier souci.

La plupart sont représentées par de vieux barons paresseux, dont certain vivent dans un luxe inouïe.

Entre-temps, la conjoncture change lorsque Ratan devient le nouveau patron de Tata.

C’est la vision politique du nouveau Premier ministre Narasimha Rao qui va débloquer la situation.

Ce dernier libéralise enfin l’économie et surtout met fin au protectionnisme.

De grandes firmes telles que Sony, Philips, Ford, Toyota … s’implantent en Inde.

Cette nouvelle ouverture à pour conséquence de terrasser Tata, qui jusqu’à maintenant dormait sur ses acquis préhistoriques.

Dans ce contexte laborieux, Ratan essuie de nombreuses critiques.

On catalogue sa personnalité trop effacée, trop hésitante.

Mais face à l’urgence de la situation, notre nouveau P-DG de choc, jugé à tort trop timoré à ses débuts, reprend du poil de la bête et vire tous les vieux barons pour les remplacer par des jeunes managers compétents.

Il modernise ainsi tous les rouages du conglomérat et mise en particulier sur les technologies de pointe.

Pour cela, il ferme ou vend plus de la moitié des filiales et simplifie l’organigramme en créant sept divisions.

La révolution Ratan Tata est enfin en marche …

 

« La voiture du peuple : l'ultra low-cost Nano à 2200 dollars. »

 

Un succès fulgurant

 

Il se focalise sur deux stratégies :

La première est de faire de Tata Consultancy Services un acteur mondial des technologies de l’informatique.

Pari réussi puisqu’il devient très vite le leader du secteur asiatique.

La seconde est de viser le marché d’une clientèle à faibles revenus en investissant dans les économies des pays du Sud.
Il renforce sa présence au Bangladesh et en Afrique, pressentant un gros potentiel en terme de consommation.

Il incite dès lors Tata Motors à conquérir le marché de la voiture avec la charte suivante, une voiture fiable et bon marché.

L’Indica sort en 1998, suivi par l’indigo et l’ultra low-cost Nano à 2200 dollars.

Avec ce virage à 180°, Ratan est victime de sarcasmes au sujet de cette voiture « du peuple » qui est déjà étiquetée comme un échec imminent.

Seulement contre toute attente, ces modèles tant dénigrés vont faire la fortune de Tata Motors et fermer par la même occasion le clapet à ses détracteurs.

Ce nouveau bain de jouvence de la firme, lui redonne un second souffle et lui permet de multiplier par sept ses revenus.

Fort d’une trésorerie conséquente, Ratan investit à l’international.

Notamment dans l’achat des firmes de télécoms aux États-Unis, les véhicules utilitaires de Daewoo en Corée ainsi que Jaguar et Land Rover.

Il devient également le deuxième vendeur de thé dans le monde avec l’acquisition des thés Tetley, véritable symbole de l’ancien empire Britannique.

Mais le point culminant de cette dynamique est sans doute le rachat par Tata Steel de l’acier Corus, le sidérurgiste anglo-néerlandais pour 6,4 milliards d’euros.

Du jamais vu pour une entreprise au pays des maharajahs !

 

« "J'essaie de me coucher chaque jour en me disant que je n'ai fait de mal à personne." »


 

Le temps de la récolte …

 

En 2005, c’est la consécration. Ratan Tata est élu Businessman de l’année par le magazine Forbes.

Malgré ces périodes de crise, il génère 5,4 milliards de bénéfices au cours de 2008.

Le groupe multiplie son chiffre d’affaires par treize en moins de vingt ans (soit 71 milliards de dollars en 2009, dont deux tiers à l’étranger)

Surfant sur la mondialisation, il emploie 350 000 salariés dans 80 pays. Son conglomérat réalise plus de 2,8% du produit intérieur brut indien.

Or ce rétablissement spectaculaire, Ratan l’a opéré seul.

Il pourrait profiter de son statut et devenir l’homme le plus riche de l’Inde mais n’en a cure.

L’homme reste simple et discret.

Son salaire est loin derrière certains patrons indiens qui n’ont de surcroît pas autant de résultats aussi probants et son sens du management.

Cela s’explique peut-être aussi par le fait que l’homme est véritablement attaché à une économie à visage humain.

Il fuit toutes extravagances et habite dans un appartement alors que d’autres P-DG indiens se construisent de véritables palais.

Il cultive un niveau de vie équilibrée, loin du faste et des mondanités.
Il ne boit pas, ne fume pas et mange frugalement.

Il consacre ses rares loisirs à développer les œuvres caritatives de Tata. Ces dons importants ont ainsi permis à de nombreuses missions de charités à endiguer la pauvreté.

Célibataire endurcie, sa fiancée californienne pour la petite histoire, avait refusé de l’accompagner en Inde alors qu’en 1962, travaillant à Los Angeles, RDJ le rappel à Bombay.

Alors, aucun vice caché ?

Il semblerait que non.

Ses succès, sa réputation d’intégrité et son sens de l’éthique ont contribué à faire de lui une des personnalités les plus populaires de L’inde, devant même les acteurs de Bollywood ou autres stars du sports.

Ses signes extérieures de richesses n’ont d’égal que sa bonté intérieure.

Sans héritier, gageons qu’à 72 ans, il saura bien choisir son successeur comme l’avait fait précédemment JRD avec lui …

 

Les leçons de son succès :

  • Pour réussir à l’international, il faut recourir aux acquisitions
  • Se fixer que deux ou trois priorités stratégiques

 

Commentaires

  1. Bonjour Jean-Charles,

    Merci ce portrait d’une personne, même dans son ou ses « milieu », hors norme.
    Intéressant.
    Rémi Articles récents..Visite la France change de peauMy Profile

    • Jean-Charles Dimier

      Merci pour ta visite Rémi

  2. Il a eu le terreau idéal pour s’imposer.

    • Jean-Charles Dimier

      Idéal, je ne sais pas.
      Les choses n’ont pas dû être aussi faciles pour lui lorsqu’il a repris les rênes du groupe Tata, alors que sa situation était catastrophique.

  3. Bonjour

    J’avais entendu parlé de cet homme mais je ne le connaissais pas de cette façon.
    C’est très inspirant

    Merci pour cet article
    Sylvain
    Sylvain Articles récents..5 erreurs communes de conception de site WebMy Profile

    • Jean-Charles Dimier

      Bonjour Sylvain,

      Le personnage est extrêmement populaire en Inde. Bien plus par ses dons et ses actions de charité que par sa fortune personnelle.

  4. Bonsoir Jean-Charles,

    Je connaissais l’histoire de la voiture du peuple, que je trouve intéressante comme symbole (et que nous n’avons pas réussi à faire chez nous). Par contre les médias étaient loin de présenter cet homme comme tu l’as fait.

    Je retiens cette phrase « J’essaie de me coucher chaque jour en me disant que je n’ai fait de mal à personne ». C’est pas mal pour un dirigeant d’entreprise. J’espère qu’il pense aussi au dégré de pollution des voitures qu’il fabrique ?

    A bientôt

    Emmanuelle
    Emmanuelle Articles récents..Nos maux émotionnels et physiques seraient-ils le reflet d’un mal de vérité ?My Profile

    • Jean-Charles Dimier

      Bonjour Emmanuelle,

      Alors, justement, il est question que Tata fabrique une voiture avec un moteur à air comprimé. Ce serait même un ingénieur français, Guy Nègre qui en serait à l’origine.
      Si le sujet t’intéresse voici un lien qui te donnera plus de détails : http://www.caradisiac.com/Tata-Motors-et-Guy-Negre-moteur-a-air-comprime-pour-faire-respirer-l-ecologie-406.htm

      A très bientôt

      • Merci Jean-Charles pour le lien.

        C’est rassurant sur l’intégrité de cet homme et j’aurai aimé qu’en France d’autres hommes à la tête de l’industrie aient cette approche spirituelle des choses. Mais non une fois de plus, ce que certains d’entre nous élaborent de bon pour la planète part ailleurs.

        Je vois en dessous le titre de mon dernier article qui s’affiche…. et oui énergie de l’âme…. cela tombe à pic.

        Le jour où on voudra bien mettre d’autres valeurs derrière le terme « Succès » dans le domaine du business. Je te suggère ce créneau : trouver les personnes dans le business qui ont une approche spirituelle au sens de penser aux générations futures, au bien des individus qui y vivent en ce moment, et au bien de ceux qui fabriquent les produits. Pour moi elles sont dans le succès.
        Tes lectrices fidèles ont le droit d’émettre des souhaits non ? (c’est bientôt mon anniversaire alors j’en profite pour demander ce qui me ferait plaisir).

        Assez plaisanté à bientôt pour la prochaine histoire.

        Emmanuelle
        Emmanuelle Articles récents..Rendez-vous avec l’énergie de l’âme selon Jeff BrownMy Profile

        • Jean-Charles Dimier

          Promis, je vais tâcher d’exaucer ta demande :)

          Bien que des personnages comme Yvon Chouinard et Muhammad Yunus rentrent selon moi plus moins déjà dans cette catégorie.

          Pour en revenir à l’invention de Guy Nègre, je trouve assez déplorable en effet qu’il n’est pas trouvé davantage d’écho à son moteur à air comprimé dans nos chères contrés.
          Pourtant, son système semble vraiment révolutionnaire et adieu les hydrocarbures.

          C’est bien le problème. Les holding du pétrole ne verraient pas la chose d’un très bon œil…
          Enfin, j’éviterai de rentrer dans une quelconque conspiration, bien que …

          En tout cas, à surveiller de très très près …

  5. Bonjour Jean-Charles,

    Comme d’habitude une excellente histoire et comme Emmanuelle je retiens la phrase : «  »J’essaie de me coucher chaque jour en me disant que je n’ai fait de mal à personne. »

    Je suis contente de savoir qu’il consacre temps et fortune à alléger la misère de ses compatriotes car même si ce la représente une goutte d’eau dans cette misère ambiante il vaut mieux faire un petit peu que rien du tout. Si les autres millionnaires de l’Inde en faisait autant les pauvres seraient moins nombreux.

    Étonnante vie que la sienne, dommage que la voiture du peuple n’ait pas eu le succès escompté.

    Merci encore une fois pour cette merveilleuse biographie
    Sylviane Articles récents..le stress rend maladeMy Profile

    • Jean-Charles Dimier

      Bonjour Sylviane,

      Il y a plein de sagesse chez ce grand industriel indien.
      Et comme tu dis, si tous ses compatriotes pouvaient se comporter comme lui, le monde s’en porterait sans doute bien mieux.
      Espérons qu’il fera des émules …

      Merci une fois de plus pour ta fidélité, à bientôt.

  6. Ratan Tata est un grand dirigeant mais le lancement de la Tata Nano est loin d’avoir eu le succès escompté. Le véhicule est finalement peu adapté au marché indien où les clients recherchent des voitures plus « utilitaires » disposant d’un grand coffre.

    • Jean-Charles Dimier

      Je suis sûr qu’il saura faire face à ce nouveau défi :)

Poster un commentaire

CommentLuv badge