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Succesrama | June 29, 2017

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8 Comments

Yvon Chouinard, créateur de Patagonia ou l’entrepreneur écologique

Yvon Chouinard

J’ai découvert l’histoire d’Yvon Chouinard par l’intermédiaire de l’excellente émission Capital de M6, il y a déjà quelque temps.

Un reportage lui était consacré à travers la réussite de sa marque sportswear : Patagonia.

Cet homme affichait un charisme et une sérénité qui en disait long sur sa façon d’entreprendre.

Il disait d’ailleurs de lui-même :

Homme d’affaire ?

« Je n’ai jamais respecté cette profession, car les entreprises sont condamnables d’être en grande partie responsables de la destruction de la nature, des cultures indigènes, de prendre aux pauvres et de donner aux riches, d’empoisonner la terre avec les effluents de leurs usines ».

PDG ?

« Je passe la plupart de mon temps en dehors de mon bureau, à pratiquer des sports de plein air ou à conseiller des associations environnementales ».

Vous l’aurez compris, l’histoire d’Yvon Chouinard n’est pas celle d’un entrepreneur comme les autres.

C’est avant tout l’histoire, au départ d’un artisan-vagabond, couchant à la belle étoile et qui bien décidé à se laisser « pousser les idées » veut contribuer à améliorer le monde.

Mais pas n’importe comment, en respectant avant tout son environnement.

Utopique ?

Idéaliste ?

Rendez-vous plutôt compte de sa réussite, car elle n’a rien d’un mirage.

 

Il vit avec 1 dollar par jour et dort à la belle étoile

 

Le jeune Yvon, né dans le Maine en 1938, grandit d’abord parmi des familles québécoises avant de déménager avec ses parents en Californie.

Il vit assez mal ce départ.
Il s’ennuie à l’école.
D’ailleurs ses résultats scolaires ne sont guère brillants.
Mais c’est à travers un club de Fauconnerie que l’adolescent se découvre une véritable passion : l’escalade.
Cette passion sera déterminante pour le reste de sa vie.

Avec des amis, il emprunte les trains de marchandises pour se rendre à l’ouest de la vallée de San Fernando, afin d’apprendre à grimper sur les falaises de Stony Point.

Ils mènent des vies de nomades en marge de la société, se considérant comme des rebelles, à l’instar de leurs héros tels que Muir, Thoreau, Emerson…

Très vite Chouinard désire créer son propre matériel. Il rachète une vieille forge et fabrique un équipement de varappe personnel.
Il teste lui-même ses pitons.
Il se construit un petit atelier dans l’arrière-cour de chez ses parents à Burbank, près de Los Angeles.

Opérationnel, il s’organise pour rendre sa forge amovible et mener ainsi une vie de nomade qui lui permet surtout d’exercer ses sports favoris : l’escalade et le surf.

Yvon fabrique son propre matériel

Il vit de la vente de ses pitons que tout le monde s’arrache à 1.50 $ pièces.
Conçus pour être retirés de la roche et réutilisés, à la différence des pitons européens.

Mine de rien, il développe un petit business qui s’agrandit de plus en plus.

A cette époque Yvon vit avec un dollar par jour, couche à la belle étoile, se nourrissant même durant un été de boites pour chat, mélangées avec des céréales !

En 1964, il publie son premier catalogue qui fait seulement une page.
Toutefois l’affaire prospère et Chouinard abandonne l’artisanat pour la fabrication industrielle afin de faire face à une demande de plus en plus croissante.

Il s’associe pour cela avec son ami de cordé Tom Frost, ingénieur en Aéronautique.

La montagne devient leur laboratoire de recherche où durant neuf ans, ils conçoivent différentes idées pour améliorer leur matériel.

Au début des années 70, l’escalade devient un sport très populaire et Chouinard règne sur le marché à part entière.

Soucieux de l’environnement, il remplace ses pitons d’acier par de l’aluminium qui évite d’abîmer la roche, une fois ceux-ci retirés.

Il invente de ce fait, l’escalade propre.

 

En route pour le succès, avec Patagonia !

 

Parti pour faire de l’escalade en Ecosse, notre entrepreneur écolo, achète un maillot traditionnel de Rugby.
Si ce dernier résiste aux rudes parties de ce sport percutant, il devrait également convenir pour grimper.

Et son polo fait … sensation.

Tous ses amis et les personnes avec qui il grimpe, lui demandent où il a trouvé cette tenue, pratique, fun et résistante.

Cela lui donne une nouvelle idée : concevoir sa propre ligne de vêtement sportswear. D’autant qu’il n’existe pas vraiment d’habits adapter pour ce genre d’activités.

Ayant déjà acquis une solide réputation avec « Chouinard Equipment« , Yvon décide de donner un autre nom à son nouveau projet pour éviter qu’il soit automatiquement associé à l’escalade.

Il veut agrandir son marché.

Il choisit Patagonia. Un nom qui évoque la pureté des glaciers qui descendent en cascade dans les fjords.

Le succès est au rendez-vous.

Mais Yvon Chouinard, sensible à la préservation de l’environnement fait un constat alarmant vis-à-vis de l’impact de sa propre fabrication.
Il découvre avec stupéfaction que ce ne sont pas le nylon ou le polyester, pourtant dérivé du pétrole, mais bien le coton qui est le plus gros consommateur d’énergie et le plus polluant.

Sa découverte sur le terrain en 1994, d’un décor apocalyptique, composé d’étangs contaminés par le sélénium ou des paysages lunaires détruits par la culture du coton, le convainc définitivement de produire sa collection uniquement avec du coton 100% biologique.

Il impose un délai de 18 mois pour transformer de fond en comble la totalité de sa production.
Le problème est qu’il y a peu de coton biologique commercialisable.

Yvon ne se décourage pas pour autant et il incite toute la chaîne de conception : agriculteurs, égreneurs et filatures d’adopter des techniques biologiques.

Un pari fou ?

Même sa directrice financière le trouve inconscient de ne pas passer progressivement au coton bio.

Mais le pari est relevé haut-la-main !

Depuis 1996, tous les vêtements Patagonia sont fabriqués dans le respect de la nature. Et il ne s’arrête pas en si bon chemin puisque son entreprise redouble ses efforts pour trouver des tissus encore plus écologiques comme le chanvre ou encore du polyester recyclé.

 

Un nom qui évoque la pureté des glaciers ...

 

L’entreprise grossit, l’esprit demeure

 

Les employés de Patagonia peuvent venir habiller comme ils le désirent.
Leurs horaires sont adaptables et les bureaux sont des espaces ouverts.

Autrement-dit, il n’y a aucune rupture entre les valeurs véhiculées par le produit et la façon dont il est fabriqué.

Par exemple, 65 % des vêtements de la collection automne/hivers 2009 est recyclable.

Yvon Chouinard responsabilise ses salariés aux questions environnementales.

Il nous explique par la même occasion qu’il est possible de faire des affaires tout en respectant les hommes, la nature et son éco-système.

Et en 2001, le patron de Patagonia crée avec Craig Mathews le Club : « One Percent for the Planet » , une alliance d’entreprise qui consacre environ 1% de leur chiffre d’affaires annuel à diverses organismes de protection de l’environnement, reconnues et approuvées par le Club.

Enfin, ce pionnier de l’entreprise éthique et écologique expose l’état d’esprit suivant :

Son objectif, est que Patagonia existe dans 100 ans. Pas grâce à des consommateurs qui achètent pour acheter, mais grâces à des clients qui ont besoin des produits issus de sa marque.

« Pour moi, le véritable pouvoir n’est pas entre les mains des politiques ou des financiers, mais entre les mains des citoyens et des designers. »

Belle leçon d’humanité.

 

Les leçons de son succès :

* La motivation des salariés compte plus que leur look ou leur mode de vie.
* Les valeurs véhiculées par le produit incluent la façon dont il est fabriqué.

 

D’après-vous, réussite rime-t-il aujourd’hui avec éthique comme nous le prouve Yvon Chouinard ?

 

Commentaires

  1. david

    Quand je vois une personnes comme Yvon Chouinard, je me dis que le commerce n’est pas composé que de requins sans scrupules. Jean-Charles, si vous avez d’autres exemples comme ça je suis preneur, ça fait un bien fou :)

    • Jean-Charles Dimier

      Bonjour David,

      Alors, si vous appréciez le personnage, je vous recommande la lecture de sa bio personnelle, écrite d’ailleurs par Yvon Chouinard lui-même :
      « Homme d’affaire malgré moi » (confessions d’un alter-entrepreneur) chez Vuibert.

      Formidable !

  2. Bonjour Jean-Charles,

    Nous voici rendus de nouveau à notre rendez-vous hebdomadaire sur ton blog !

    Pour moi réussite ne peut que rimer avec éthique, sans aucun doute. Tout d’abord, respect de sa propre éthique en tant qu’individu. Pas de compromission.
    A partir de là nous ne pouvons qu’avoir une attitude éthique pour le reste de l’humanité, c’est une autre façon d’utiliser le mot spirituel. Non ? A priori nous sommes tous nés pour réussir quelque chose dans notre vie. ALors comment ne pas respecter la réussite de l’autre à côté sans un mimnum d’éthique ?

    Emmanuelle
    http://aimaenergy.com/amemission/ pour la réussite !

    • Jean-Charles Dimier

      Bonjour Emmanuelle,

      Alors, plaisir également partagé pour ce rendez-vous hebdomadaire :)

      Je suis aussi persuadé que nous pouvons qu’agir avec éthique.
      Pas de compromission, tout à fait.
      Maintenant, il existe des entrepreneurs, des personnes peu scrupuleuses qui oublient très vite ce côté-là.
      Pour elles, seul le profit compte.
      Et dans nos sociétés modernes, les exemples ne manquent malheureusement pas…

      Pour ma part, j’aime penser – bonnes ou mauvaises actions – que l’on récolte tôt ou tard, toujours ce que l’on sème.

  3. C A

    « Très vite Chouinard désire créer son propre matériel. Mine de rien, il développe un petit business qui s’agrandit de plus en plus. il publie son premier catalogue qui fait seulement une page. L’affaire prospère et Chouinard abandonne l’artisanat pour la fabrication industrielle. achète un maillot traditionnel de Rugby. Si ce dernier résiste aux rudes parties de ce sport percutant, il devrait également convenir pour grimper. Et son polo fait … sensation. Tous ses amis et les personnes avec qui il grimpe, lui demandent où il a trouvé cette tenue, pratique, fun et résistante.
    Cela lui donne une nouvelle idée : concevoir sa propre ligne de vêtement sportswear. D’autant qu’il n’existe pas vraiment d’habits adapter pour ce genre d’activités. »
    J’en ai marre de ces histoires de succès qu’on raconte comme si le succès arrivait MALGRE soi !! LA PREMIERE CLE du succés c’est de VOULOIR REUSSIR !
    Et ce monsieur VOULAIT réussir. 1) Si on n’a pas l’intention de vivre de son business et de se développer, on ne crée PAS un catalogue même d’une page. Plein de gens ont créé des trucs utiles dans leurs cuisines sans créér d’entreprise et devenir riche pour autant 2) Si on n’a PAS l’intention de vivre de son business et de se développer, on dit à ses amis « mon polo c’est un polo de rugby tu peux en acheter dans le club de ta région » etc J’en ai marre de ces histoires de succès du raconter de l’extérieur et des « il vivait avec 1 dollar par jour ». Comme s’est raconté on dirait un conte de fées. La vérité c’est 1) Il voulait réussir. 2) Il n’a pas cessé de vouloir réussir 3) C’est du boulot.

    • Jean-Charles Dimier

      Bon, hé bien voilà qui est dit.

  4. Merci pour l’article, je ne connaissais pas ce personnage!
    Bravo pour son action en tout cas!

    • Jean-Charles Dimier

      Salut Fabrice,

      Oui, Yvon Chouinard est un véritable humaniste.

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